RARE + ME NAL A
Enfin il devient homme, il risque un premier pas, 1l en essaie un autre et non pas sans torture ; Pourtant sa mère est là qui lui tend les deux bras
:% Pour mettre plus d'aplomb dans sa désinvolture. € f
Nous le voyons déjà grimper sur nos genoux Ü Pour se trouver plus près du baiser qui l’attire
Et dans son faible effort pour parler comme nous
Son geste seul supplée aux mots qu’il ne peut dire,
À tout ce qui l’entoure il semble intéressé
Et son regard surpris sans cesse se promène
Du vase qu’il convoite au meuble délaissé
Et tout nouveau pour lui devient un phénomène,
Mais avant de laisser son berceau fréle et blanc Il nous réserve encor de nouvelles surprises Par des mots isolés dits d’un ton cajolant
Comme s’il essayait des phrases mal apprises.
Heureux de ses progrès, déjà nous le voyons Aller en titubant dans la maison joyeuse,
Tantôt faisant la guerre à de faux papillons, Tantôt déplaçant tout d’une main curieuse.
Il a bientôt deux ans, et, le livre à l'envers, Comme s’il comprenait, il fait semblant de lire Tout en nous regardant, car le petit pervers Sait bien que nous l’aimons sans oser le lui dire.
11 sait bien que malgré ses colères d'enfant,
Nous cèderons toujours à ses nombreux caprices,
Qu’aux larmes de son fils nul père se défend
Qu'un bon baiser guérit toutes les cicatrices.
D'ailleurs il n’est plus seul car depuis quelque temps Une petite sœur a pris le berceau vide :
Il en est tout surpris, et jaloux par instants,
Il va comme à regret pencher son front candide.
On dirait qu’il a peur qu’elle et lui désormais Auront à partager les baisers, les caresses, Que son règne d’un jour est fini pour jamais
Et qu’ils vont être deux pour les mêmes tendresses,
Cher petit, ne crains rien, car Dieu dans sa bonté Pour les nouveaux venus pourvoit à tout sur terre ; Partage égal du pain, amour illimité,
La même place au cœur du père et de la mère.
Mai 1916.