CHANSON
s Français surtout ,...
C'est depuis l'aube qu'on marche ; Les hommes n'en peuvent plus; Qu'elle est humble, leur démarche t Qu'ils sont tristes, les vaincus!
La retraite est consommée, C'en est fini des combats.
Pauvre France t pauvre armée Dieu n'aime pas tes soldats!
et)
Au premier bourg où Ton passe :
€ Qu'ils sont pâles ! • a-t-on dit ; Et d'un accent qui les glace :
« C'est qu'ils ont eu peur, pardi!
Alors un pauvre Mobib Triste et fier se retourna.
Et forçant sa voix débile :
c II n'a pas peur, le soldat !
— Peur ou non, » dit un brave homme, Entrez et buvez un coup ;
Vous êtes Français, en somme...
— Non, je suis Français surtout.
Et c'est pourquoi je réclame...
Dieu bon ! En sommes-nous là !
Si le paysan le blâme.
Qui donc plaindra U soldat >
Il a lutté, je vous jure.
Et si vous doutez encor.
Tenez ! Est-ce une blessure ?
Et, quand j'en parle, ai-je tort?
Et plus d'un, sans en rien dire, Est frappé qu'on ne voit pas... Ah! ce n'est pas bien de rire Au passage des soldats!
CÏIANSOK 97
Nous fuyons; la chose est triste, Mais comment faire, à la fin ?
Voilà trois jours qu'on résiste, En voilà huit qu'on a faim.
Avoir froid, on s'habitue.
On se réchauffe, on se bat ; Mais ne pas manger, ça tue.
C'est un homme, le soldat!
Impuissants à nous défendre, Dans les bois qu'ils dévastaient Nous pouvions encor nous rendre.
Et les Prussiens y comptaient.
Et nous n'avions qu'à les suivre, Et le pain cuisait là-bas ; Mais, sans souliers et sans vivre, Ils ont marché, les soldats.
Le canon nous lit escorte Sans rompre nos rangs meurtris ; Il vente, il neige, qu'importe!
La liberté vaut ce prix.
Et dans ce coin de la France Où nous arrivons si las.
On jette à notre souffrance :
» — Ils ont eu peur, ces soldats! »
• — Ils ont eu faim, c'est moins drôle !
■ Pasvous, n'est-ce pas?Tant mieux! >
Et le fusil sur l'épaule,
Il s'éloigna sans adieux.
Mais déjà dans le village
Les vaincus marchaient au pas.
Entendant sur leur passage :
« Que Dieu garde nos soldats! •