‹ Chants du soldat (volume 2)Chapitre 9 sur 50 · ENTHOUSIASME · texte numérisé non relu

ENTHOUSIASME

Le soleil est triste et neigeux:

Invoquant sa clarté jalouse, Dans un parc, sur une pelouse.

Les Turcos ont placé leurs feux.

Et le bûcher est fantastique, Et sur leurs manteaux pour tapis, Psalmodiant leurs chants d'Afrique»

Les Arabes sont accroupis.

Ils sont li, graves, immobiles, Tendant les mains vers cet éclair ; Pauvres nègres! Pauvres Kabyles!

La France est froide cet hiver.

La flamme monte et se ravive ; Leurs yeux brillent, joyeux miroirs ; Et les torrents de pourpre vive Vont ruisselant sur les fronts noirs.

Dans son château, de sa fenêtre, Notre hôtesse les aperçoit.

Laide, à coup sûr, jeune... peut-être, Notre hôtesse est tout en émoi.

Et se penchant, les yeux humides.

Vers le capitaine qui dort :

« Ah! Monsieur, quels hommes splendides > Que ces enfants du soleil d'or ! »

ENTHOUSIASME Sj

Le capitaine se réveille :

< Splendides, Madame. — • Est-ce pas?

9 Puis ces poses, quelle merveille I > Ils sont artistes, ces soldats!

• — Artistes en diable, Madame !

» — Et ce grand feu, comme il est fait !

» Ils ont le secret de la flamme!

» — En effet, Madame, en effet!

» — Tenez, les voilà qui s'élancent, » Qui raniment leurs feux... et puis...

> Jésus-Maria, mais c'est qu'ils dansent!

> Oh ! ces Turcos sont inouïs f

» Ces .beaux chants, cette ronde ardente, 1 Tout cela vous trouble à l'excès, > Et l'on pense à l'Enfer du Dante, » N'est-ce pas. Monsieur? — J'y pensais.

» — On leur donne ce bois, sans doute?

» — Pas le moins du monde. — Ah! vraiment » Ils le ramassent sur la route ?

» — Encor moins, Madame. — Comment?...

• Mais alors... c'est mon bois qu'on brûle!... . Mais ils me volent mes fagots !

1 Mais ils n'ont ni foi ni scrupule!...

. Ce sont des bandits, vos Turcos! •

UNE LEÇON

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Ume Leçon,

UNE LEÇON

Le camp des prisonniers est tout au pied du fort. Les baraques de bois craquent, à peine closes; Et sous le ciel brumeux de ces pays moroses, La neige tombe drue et le vent souffle fort-

Puis, par crainte du feu, Ton ne nous chaufFe guère ; La lumière, le soir, est défendue aussi ; Ils n'imaginaient pas, se rendant à merci.

Quelle merci c'était, les prisonniers de guerre !

Le matin. Ton partage un pain rare et sans blé, On partage, le soir, une soupe noirâtre, Et, las de remuer et la pioche et le plAtre Sur une paille humide on repose accablé.

Et ce n'est pas, hélas ! seulement leurs baraques, Leur» tentes ou leurs toits, qu'ils construisent le jour Le travail de la honte est encore le plus lourd : Les Français fortifient la Prusse en cas d'attaque.

Ah ! combien ont voulu refuser ce travail !

Combien refaisaient mal une tâche mal faite ! Mais l'aiguillon prussien était la baïonnette, Comme ces malheureux n'étaient que leur bétail.

Un jour qu'on revenait de la triste besogne.

Escortés de geôliers, cruellement choisis.

UNE LEÇON 63

Baïonnette au canon et cartouche aux fusils, Un vigoureux enfant de la vieille Bourgogne

Aperçut un Prussien frappant un moribond :

« Marche, lui criait-il, marche, ou je t'exécute! » Le soldat arracha cet homme à cette brute, Se retourna terrible, et retendit d'un bond.

« Ah! messieurs les Français, nous faisons les rebelles! » Ils sont bien étourdis, ces jeunes étrangers, > Un peu de plomb rendra leurs cerveaux moins légers. > Et Ton fit sur les rangs deux décharges mortelles.

« C'est assez! ramenez le reste au campement; > La leçon leur suffit... » disait le capitaine. Oui, certe, elle suffit cette leçon de haine : Nous la savons par cœur, nous la dirons souvent.

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