XXVI II
ments autrefois presque fermés; de plus en plus par conséquent la campagne subit l'influence de la ville et finit par lui ressembler tout à fait sur bien des points; aussi cette uniformisation amène la monotonie de la ressemblance ; avec elle disparaît tout ce qu’un isolement social relatii avait créé et maintenu de particulier à chaque endroit ; c'en sera bientôt fait de tout ce qui jadis et hier encore donnait à la vie rustique son charme étrange et curieux.
« Malheureusement, la civilisation arrive comme une marée montante, et, en France surtout, la centralisation pousse de tous côtés dans les provinces les flots ternes et limoneux de ses grandes eaux banales, et à la place où s'épanouissait l'originale floraison des coutumes et de la langue rustique, on ne retrouve plus qu'une couche unitorme de gravier grisâtre. L’antique province, avec sa physionomie si personnelle et si variée de couleur, n existe plus que comme une aïeule agonisante. Elle ne se rappelle plus la langue d autrefois ou elle n’en répète plus que des lambeaux incohérents. Encore un peu de temps et elle sera tout à fait morte ; alors on s apercevra qu elle avait du bon et on se disputera ses reliques 1 . »
Aujourd'hui, les refrains de la ville, la banale romance, les inepties même de café-concert se substituent peu à peu à nos vieilles et naïves chansons 2; il n’y a plus guère que les vieux qui conservent, déjà bien appauvri, le dépôt séculaire de la tradition musicale paysanne. Avec eux disparaissent les derniers vestiges du patrimoine régional et local des chansons qui ont bercé les aïeux, bonnes gens du temps passé. N'est-ce pas en même temps un peu de leur âme à tous qui s'en va ?
Non seulement on chante autre chose, mais on chante moins; la vie devient plus fébrile, plus agitée. On avait autrefois, à la campagne, un tel goût pour les chansons que tous les travaux en étaient accompagnés et qu on y rencontrait des chanteurs dont le répertoire considérable — une centaine de sujets, ce n’était pas rare — tenait tout entier dans la mémoire.
Aujourd'hui, on ne chante plus guère qu'aux veillées; les conscrits même sont moins bruyants; dans les cantons d’Annecy et de Rumillv auxquels ils donnaient autrefois une note pittoresque lors du tirage au sort et de la révision, ils chan-