A. Theuriet : Sous Bois, loc. cit. , p
2. C’est à peine si quelques chanteurs encore leur sont restés fideles. et leur succès toujours certain montre encore à quel point ce répertoire con\enait au milieu rustique.
tent de moins en moins, et dans le Chablais on n'entend plus que leurs violons et grosses caisses. Les Chansons de moissons aux amples sonorités qui égayaient la campagne tout l’été ne sont bientôt plus connues au pays natal où dans notre enfance nous les entendions tous les jours; c’est à peine si maintenant une ou deux familles dans ce village en ont conservé la tradition et une tradition bien affaiblie.
Nos vieux chants passent ; ils ne reviendront pas, du moins sous leur forme actuelle; c'est bien en vain qu’on tenterait de remonter le courant de modernisme qui les engloutit : Sauvons-les de l'oubli ‘,1e temps presse; non seulement il est chaque jour plus difficile de les retrouver, mais encore quelques amateurs en modernisent les airs; d autres en font de plates imitations et l’on risquera bientôt de voir se confondre ces formes abâtardies avec leurs types originels.
Fixons-les par l’écriture pendant qu’il est temps encore. C’est pour apporter une contribution à cette œuvre de conservation que nous publions ce recueil qui prendra modestement place à côté de ses aînés 2.
Conserver nos vieilles Chansons, c'est aussi évoquer pour ceux qui viendront après nous la vie d autrefois ; il nous semble qu il est impossible de séparer la vie rustique dans son ancienne simplicité des chansons qui l’animaient, qui y répandaient la saine joie. Il est impossible de ne pas se dire : Voilà ce qui a enchanté nos aïeux, et plus d'un lecteur parcourant cet ouvrage, se trouvera arrêté devant maints feuillets par le souvenir : « Voilà la chanson favorite de ma grand’mère ; voilà celle que disait mon père...! » Ces reliques, témoins du passé de notre race, ne peuvent pas nous rester indifférentes ; toujours elles parleront à nos cœurs, même froides et muettes, parce quelles nous rappellent les vieux ! C’est pourquoi en étudiant les Chansons rustiques, nous avons essayé d’esquisser rapidement
i M Maurice Bouchor, le charmant et délicat poète de la jeunesse, a pensé nue. de ces Chansons, la mélodie tout au moins pouvait être ressuscitee en y adaptant un texte rajeuni et approprié qui permît de les introduire dans le répertoire scolaire Sa tentative a été couronnée de succès et les trois excellents recueils qui en sont résultés, en même temps qu’ils offraient de beaux chants aux écoliers de France, contribuent à la conservation vivante de nos vieux airs nationaux. Il nous semble que des répertoires régionaux composes d après le même principe ne manqueraient pas d’être goûtés. M. Bouchor et J. 1 iersot . Chants populaires pour les Ecoles (3 séries. Paris, Hachette).
*>. a) J. Ritz : Chansons populaires de la Haute-Savoie. 3'edit , Abry, Année), 39,o.__ b J. Tiersot : Chansons populaires des Alpes, Duc\oz , Moûtiers, 1903.
les mœurs de la campagne s’y rapportant ; c’est l’objet des commentaires qui précèdent chaque série et chaque groupe *.
Ils nous fourniront plus d’une fois l'occasion de constater que les thèmes n’expriment pas la vie réelle du paysan ; par eux on jugera plutôt de ses goûts et de son esprit que de ses mœurs, et l’on constatera qu’ils sont bien une œuvre de pure imagination d'autant plus agréable pour lui qu’elle le sort de sa vie terne et étroite.
Qu'il nous soit permis, en terminant, d'exprimer notre reconnaissance et nos félicitations au distingué artiste annécien, M. Marins Tissot, à qui nous devons la délicate illustration de cet ouvrage, à notre imprimeur, M. J. Abry, ainsi qu’à M. J. Terrier, son habile prote, très averti en matière de traditions populaires, qui a dirigé la typographie de ce livre avec un goût très sûr, une sollicitude éclairée, et dont la vigilance nous a été des plus précieuses pour l'application d’un système graphique correct. Nous adressons aussi, tout remplis de gratitude, nos bien vifs remerciements à tous nos collaborateurs, chanteurs et chanteuses qui nous ont apporté avec tant de bonne grâce et de bonne volonté le concours de leur talent et aux correspondants obligeants qui nous ont aidés de leurs communications, à tous ceux enfin qui, par leur bienveillant concours, ont contribué à la constitution de ce recueil.
Nous ne les tenons pas quittes cependant, car ce modeste ouvrage est bien imparfait, et ils ne s'étonneront pas si nous faisons appel encore à leur compétence pour perfectionner cette première partie et mettre au point la seconde dont nous avons déjà réuni les principaux matériaux. A l'avance, nous exprimons notre reconnaissance à tous ceux qui voudront bien par leurs communications nous aider dans cette tâche.
En travaillant à ce livre, nous avons eu constamment la joyeuse conviction intime d'accomplir un devoir filial : contribuer pour une humble part à la conservation des traditions savoyardes, à l'évocation des joies familières à nos pères ; n'est-ce pas, ce faisant, donner à son petit pays un tribut d’af-
i. Dans deux publications très prochaines on trouvera un exposé completde la vie campagnarde en Savoie : a) Compte-rendu de l'enquête organisée par la Société Florimontane d'Annecy, et dirigée par son archiviste, M. J. Serand, sousarchiviste à Annecy ; b) A. Van Gennep : La Savoie et ses habitants , Colin, édit, Ces deux ouvrages paraîtront probablement en 1911.
fection : n'est-ce pas contribuer à le faire aimer dans ce qu'il a de plus cher, le souvenir des ancêtres? Aimer son clocher, un coin adoré de son pays, aimer sa patrie, ce sont deux sentiments indissolublement liés l’un à l’autre. Nulle province autant que notre belle Savoie ne les atteste avec plus de sincérité au moment où elle va célébrer avec un élan affectueux et enthousiaste le Cinquantenaire de sa réunion à la France.
Thonon-les-Bains, le 12 juin 1910.
Cl. Servettaz.