D'acaçhon. en cachette; forme populaire très usitée
4 « Barreaulée ». garnie de barreaux croisés; la plupart des fenêtres, à la campagne, sont ainsi protégées.
Vieilles Chansons Savoyardes — io
— iqb —
O ma belle, combien de fois A ta porte j’ai eu froid !
Par cette souffrance, qu’il considère comme une rançon, l’amant pense avoir largement mérité l’amour de sa belle en même temps qu'il a donné du sien même un tangible témoignage. . .
Parfois la chanson nous montre les garçons se présentant par des sérénades ou aubades qui commencent presque invariablement ainsi :
Réveillez-vous, belle endormie.
La poésie en est toute gracieuse :
Réveillez-vous, belle endormie,
Réveillez-vous, car il est jour.
Mettez la tête à la fenêtre,
Vous entendrez parler d’amour.
Les sérénades, aujourd’hui inusitées, s’accompagnèrent jadis, probablement, de démonstrations publiques en cortèges, suivies de réjouissances, comme semblerait en témoigner le passage suivant entre autres :
Nous vous apportons La collation,
Liqueur et bonbons.
Avec l’air d’une belle chanson.
Les chants en marche, le soir, tiennent lieu aujourd'hui de ces poétiques traditions qui se rattachent vraisemblablement aux belles fêtes rustiques de mai : les soirs de samedis, dimanches et jours de fête, les jeunes gens parcourent bras dessus, bras dessous, le village, en chantant. Le meilleur chanteur a l'initiative de « mener la chanson », c’est-à-dire d'entonner et de guider : il est chef de pupitre. Parfois un ménétrier les soutient avec un accordéon ou un violon «à resse » '. Les conscrits qui ont « pris le crochon » se livrent très régulièrement à ces pérégrinations nocturnes que, dans certaines régions, l'accompagnement en baguette et grosse caisse rend des plus bruyantes.
S’il n’est pas trop tard, il arrive que toute la bande entre dans une maison où elle sait être reçue familièrement. Le Campagnard est, en général, très sincèrement hospitalier (c'est une
1 « Violon à résse » = un violon, tout simplement; « violon » est un terme
cénérique à la campagne où l’on désigne sous ce nom la plupart des instruments de musique qui y sont usités ; le déterminatif « à résse » = a scie, exprimant le mouvement de l’archet, sert à distinguer, à spécifier le violon proprement dit.
des qualités qui le rendent le plus sympathique); et puis, s’il a une fille à marier, il préfère les relations franches aux approches cachottières; aussi se montre-t-il accueillant pour les jeunes gens qui viennent «à la fille ». Nous avons entendu un brave père de famille gourmander plaisamment un jeune homme qui, de passage, s'était arreté avec sa fille occupée à l’écurie : « Ê ! garçon ! é vô fou montâ ; tou q vo fari sê lo grou 1 ? » Et, très « franc » 2, il apportait sur la table un bon « toupin » de vin clairet. (Trinquer et boire est inséparable d"un accueil hospitalier.)
Lorsque les jeunes gens en bande passent devant les demeures des jeunes filles, s ils n’entrent pas, ils ralentissent le pas ou s’arrêtent; ils ont bien soin de choisir la chanson en vue de ce moment et soulignent de la voix les passages à allusions en y intercalant le nom des belles.
Tels sont, croyons-nous, les seuls vestiges qui demeurent des antiques sérénades avec cortèges.