‹ Chants et chansons de la SavoieChapitre 13 sur 202 · CHANSONS DE MOISSON · texte numérisé non relu

CHANSONS DE MOISSON

ans le répertoire populaire de notre région, les Chants du travail sont presque exclusivement représentés par les Chansons de Moisson. Assez peu nombreuses, elles rachètent du moins cette pauvreté par une originalité toute rustique, qui les particularise très nettement : ce sont les « Chansons de Campagne » par excellence.

Il n y a pas bien longtemps encore que, dans notre pays, la moisson se taisait à la faucille ; la tâche était longue, les ou- \ riers nombreux : alors les essaims de moissonneurs, de moissonneuses surtout, animaient gaiement leurs travaux de refrains traditionnels exécutés en chœur. Souvent dnun champ à 1 autre ils se répondaient et la campagne était gracieusement pleine de chansons. Aujourd hui que le travail est plus expéditif,, on chante rarement à 1 ouvrage, mais plutôt le soir, au moment de la rentrée des récoltes. Le rustique cortège des travailleurs, hommes et femmes, suit d*un pas lent et lourdement cadence les chars pesamment chargés que traînent les gros bœufs d un effort puissant et tranquille. Répartis en plu-

V teilles Chansons Savoyardes — i

sieurs groupes, ils chantent à gorge déployée en se donnant la réplique, les vieilles « Chansons de moisson ».

Il n'en est pas de mieux appropriées à la vie champêtre . destinées à être dites collectivement et en plein air, elles repondent très bien à ces deux conditions, par leurs caractères principaux, qu'ils soient originels ou qu ils résultent dune

adaptatio veur ^ rallure appesantie des attelages, la mélodie s’épanouit d’un mouvement large, parfois incertain, ou les durées s’allongent complaisamment au gré des chanteurs. 1 est curieux de constater que dans ces chants, qui accompagnent le retour à la ferme, le rythme reste indépendant du pas, et que la cadence de marche y est une exception. On ne la rencontre en effet que dans deux spécimens : icr Dans Pans y a-t une brune (Voyez n° 2); 2e Dessus le Pont de Lyon (V. n° 4), et encore s’y présente-t-elle considérablement alourdie. Rien d'agité dans ces chants de la terre ; ne paraissent-ils pas traduire, dans leur simplicité et leur tranquillité d allure, le calme de la vie des champs dont s’imprégnent tous les gestes de la

vie du paysan?

La modération et la liberté du mouvement, en permettant aux chanteurs de se déployer à loisir, de donner à la voix toute sa puissance d’expansion, conviennent parfaitement a l’exécution en plein air qui demande une grande sonorité. Ils en profitent, du reste, pour donner à leur fantaisie la satisfaction de nombreuses fioritures.

La mélodie, elle aussi, est d’une structure accommodée a cette nécessité : tonalité généralement assez élevée, ligne simple d'une tenue noble, offrant à profusion aux robustes voix de majestueux points d’orgue, fortement attaqués et soutenus a perte d'haleine, surtout s’il entre en jeu l'amour-propre des groupes en rivalité dans les reprises. .

Ces réponses successives sont encore un des traits caractéristiques des Chansons de Moisson. Le mode d’exécution en est assez variable, comme on le verra plus loin, dans la notation ; mais d’une manière générale, une phrase de reprise est répétée successivement par tous les groupes (2 ou 3 ordinairement), puis simultanément dans un tutti à la fin de chaque strophe. Ajoutons, comme le constate judicieusement M. Tiersot que

Page 1