Cf. J. Tiersot : Chansons populaires des Alpes
la chanson se termine le plus souvent par la répétition du premier couplet.
La participation est unanime à ces chœurs simples, dans lesquels le plus modeste chanteur est entraîné par l’ensemble. Aussi produisent-ils un efiet imposant en pleine campagne, par les beaux soirs d été. A quelque distance, écoutons-les : la rudesse inégale des voix se fond en un large unisson ; les notes accentuées montent, scandées, d’une poussée énergique ; dominant la paix sereine des champs, les points d'orgue planent dans 1 air déjà baigné de crépuscule, s’épandent au loin en larges ondes que 1 écho répercute, puis s’estompent au decrescendo. A peine le chant d’un groupe commence-t-il à s apaiser qu on pressent, qu’on entend aussitôt retentir la vigoureuse reprise ou le puissant tutti final. Parfois arrive du lointain, très adoucie, une réponse inattendue : celle des moissonneurs de la région voisine qui s’unissent à leurs frères de travail.
Que chantent ces voix : la gloire des moissons, les joies du travail fécond, les peines du laboureur, la poésie de la nature, la paix des champs ?... Rien de tout cela. Le texte des chansons de moisson n a aucun rapport avec les choses de la campagne. Généralement très rudimentaire il procède de genres divers : récits d aventure, dramatiques, légendaires, complaintes d amour, où la fantaisie la plus bizarre se donne libre cours, parfois incohérente jusqu’à l’insignifiance, surtout lorsqu’il est constitué, par interpolation, de morceaux appartenant à des chansons différentes. Pour cueillir Rose fraîche (V. n° i), est un curieux assemblage de la complainte d’amour : Triste Noce1, qui en fournit le thème général et d une sérénade amoureuse avec scène d abandon : Ce Matin me suis levé 2, à laquelle sont empruntées les six premières strophes. Enfin il n’est pas rare de rencontrer, intercalés dans la proposition française, des termes d’allure patoise, étrangers au dialecte du pays : des sou lars mignons; où la jeune veuve alliô (V. n° 3). Peut-être appartiennent-ils au patois d autres régions ; peut-être aussi estce des mots bâtards : patois francisé ou français « patoisé » ; souliers = solârës (Scionzier-Faucigny), allait = allôve (Etercy-Albanais) ; alhve (Scionzier). Observons toutefois que dans alhô, la voyelle finale d, qui correspond à un point d’orgue sur le ré, est éminemment propre, par la rondeur de sa sono-