Madame la Mariée
2. Très anciennement connue dans diverses provinces françaises: Poitou, Bretagne, Bourgogne, etc.
Avec un beau fil d'or Qui s’ délie qu'à la mort.
Puis un gâteau, fruit du travail :
Prenez- en un morceau Pour vous donner entente Qu’il vous faut travailler Pour votre vie gagner :
Enfin un bouquet exprimant la brièveté du bonheur et de la vie :
Il est fait de façon A vous donner entente Que plaisirs et honneurs Passent comme les fleurs.
Ainsi, dès le premier jour, cette Chanson-Cassandre teinte le mariage de mélancolie, et en altère les joies par de désagréables pressentiments, détruisant le bonheur du moment par la vision des tristesses futures.
« Je ne sais rien de navrant, dit Gabriel Vicaire, comme ces chansons de noces qui, naguère, accueillaient la jeune épouse à son entrée dans la vie sérieuse. Le bouquet de fiançailles est à peine à son corsage qu'il est déjà flétri :
Le lendemain matin Quand vous serez levée Mettez sur votre sein Un bouquet de pensées;
Aux quatre coins du lit.
Un bouquet de soucis. »
Le même pessimisme se retrouve dans d'autres pièces 1 :
Amusez-vous, fillette,
Tandis qu’ vous êtes à marier.
Le jour de vos fiançailles Belle, préparez-vous,
Préparez-vous d’un mouchoir blanc Pour essuyez vos larmes :
Sera pour dire : Adieu, beau temps, Adieu le badinage.
Et le jour de vos noces Belle, préparez-vous,
Préparez-vous un habit noir Habit de repentance ;
Sera pour dire : Adieu, beau temps, Adieu, réjouissances.
Turlututu ; Les Soucis en ménage
Puis viennent les sujets ayant trait à tout ce qui, par la faute de l’un ou l’autre époux, introduit dans le ménage la querelle et le désordre.
Voici, tout d'abord la question d’autorité posée par la fiancée :
Aussi je veux que mon époux File, file, file bien vite,
File, file, file bien doux ».
Bien entendu, pour obtenir le consentement le jeune homme promet tout, sauf, après le mariage, à imposer à sa femme sa volonté jusque dans les détails de toilette.
La Chanson transpose ici le thème médiéval de la Farce du Cuvier .
Ou bien, c'est le caractère qui gêne les relations des époux : tel celui de ce mari grincheux et contrariant, ce « ronnré2 » avec qui il doit être bien désagréable de vivre. Heureusement, par contraste, sa femme est la patience même, et se soumet à tout pour « l'accomplir 3 ».
Puis c’est la mésalliance qui sépare les époux 4. Un riche parvenu, qui a épousé une vendeuse de « séracés 5 », lui reproche sa basse extraction ; mais celle-ci, par des saillies bien ripostées, met les rieurs de son côté. C’est encore, comme dans les dialogues des Bergères, le triomphe de l'humble sur le Monsieur.
D'autres morceaux expriment, sous des formes diverses, l’infortune du Mal Marié que sa femme méprise et maltraite. C’est tantôt une plainte désolée :
Hélas ! Pourquoi me marie-t-on Moi qui étais si heureux garçon 6 !
Tantôt une boutade grotesque, ou une accommodation joviale aux circonstances : le mari, chargeant sa femme sur ses épaules, va la vendre au marché :
J’en suis soûl de ma femme,
Monsieur, l’achèterez-vous ?
Elle me coûte six cents livres,
i . Voir : Maître ou Maîtresse.