Cf. P. Aubry: Trouv 34, pass
anecdotiques et objectives ; par ces caractères, elles paraissent procéder des œuvres des Trouvères ; en tout cas, elles leur ressemblent ; les Chansons courtoises des Troubadours l, plutôt subjectives, n'ont guère de rapport avec les nôtres. — Une autre remarque établit un rapprochement intéressant entre notre cycle populaire et les œuvres en français septentrional : d'un côté et de l’autre, c’est la même conception pessimiste de l’amour qui doit se sanctifier ou tout au moins se mériter par la souffrance qui en est la rançon ou la vertu.
Quelle est la part du peuple dans l’élaboration de son répertoire populaire? Il est impossible de la fixer avec précision, mais on peut dire d'une manière générale qu'il a dû à la fois choisir, transformer et créer.
Il a créé. Nous avons recueilli un certain nombre de Chansons, modernes pour la plupart, satiriques ou patriotiques, dont les auteurs, encore vivants ou non, sont connus: chanteurs ou demi-lettrés locaux. Les airs d'instruments créés par les ménétriers2 en vue de la danse, mis à part, il est à remarquer que le peuple compose de préférence la poésie qu'il adapte ensuite à des airs connus3; et les seules tentatives musicales que nous avons observées portent non sur la mélodie mais sur l’harmonie dans l'accompagnement des chants en plein airL
Pour le texte, on rencontre fréquemment des vers, des couplets entiers, visiblement ajoutés après coup, provenant de la fantaisie de chanteurs en verve. Le fait que nous observons sur le vif aujourd'hui a dû aussi se produire autrefois.
Mais on ne saurait vraisemblablement supposer que le peuple est l'auteur, le créateur de son répertoire. Il a dû en puiser la majeure partie, à travers les âges, dans l’œuvre artistique des poètes et des musiciens. Il a choisi, faisant siennes, parmi les œuvres des maîtres qui finissaient par arriver jusqu’à lui, celles qui lui plaiT&ie* L le plus. : . u
1. On sait que Tr :\ ire Troubadours étaient à la foi .-musiciens
et musiciens-poètes