‹ Chants et chansons de la SavoieChapitre 5 sur 202 · Voir : Ch. de Bergères, p · texte numérisé non relu

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fort, de soutenir longtemps la voix, suivant son goût favori.

Aussi bien que la mélodie, le rythme s’adapte aux conditions d’exécution ; la Chanson de la Marjolaine 1 nous en fournit un curieux exemple : dans TAlbanais. on la dit à la rentrée des récoltes, le soir; c’est une Chanson de Moisson au mouvement large, en barcarolle lente : dans le Chablais, le longde la vallée d’Abondance où elle fait partie du répertoire des conscrits, son rythme s’est dégagé ; elle est devenue un air de marche vif et léger.

Les syncopes sont très fréquentes dans les airs rustiques ; peut-être le peuple a-t-il voulu par ce caprice en rompre la monotonie.

Les mesures les plus courantes sont g- et g-; ^ est moins usitée ; quant à ~ en mouvement de valse elle parait être très rare.

Quand il est question de Chansons de Campagne, il vient immédiatement à l’esprit du public qu’elles doivent être patoi ses, et nous avons maintes fois entendu des personnes identifier exclusivement la Chanson populaire à la Chanson patoise. Or, dans l’ensemble de nos poèmes traditionnels, les sujets traités en dialecte local ne sont qu’une infime minorité, un dixième environ, et ils seront de moins en moins nombreux parce que l’usage du patois se restreint de plus en plus. Le fonds de notre répertoire se chante en français, français souvent dégradé et fantaisiste il est vrai.

Il est à remarquer que le patois est surtout employé dans les sujets satiriques, ironiques ou burlesques ; la plus forte proportion se rencontre dans quelques Chansons de Bergères à dialogues, où la fille des champs repousse dans son dialecte habituel les avances du riche citadin galant qui passe, et surtout dans les Chansons humoristiques relatives au mariage et au ménage. Il donne aux poèmes populaires une saveur toute particulière que seuls peuvent goûter ceux à qui il est familier.

Nous trouvons aussi le patois dans les Noëls savoyards, très rares, notamment dans un recueil imprimé en 1 555 : Noelsÿ et Chansons nouvellement composées tant en vulgaire français que savoysien dict patois , par Nicolas Martin, de Saint-Jean

i . Voir : Ch. de Moissons, na 6.

de Maurienne 1 et dans le Noël en patois savoyard des environs d’Annemasse 2.

Les Chansons patoises ont toujours beaucoup de succès à la campagne: et il est vraisemblable que celles-là sont bien l'œuvre des paysans, tout au moins de compositeurs, qui ont vécu la vie rustique ou dont le patois dut être la langue d’enfance mais ne sont pas des adaptations patoises de thèmes originairement français.

Si telle était leur origine, elles n’auraient pas cette simplicité d’allure, cette originalité de verbe et de construction qui les rendent si savoureuses 4.

Le texte des Chansons populaires en français a été profondément altéré au cours de leur transmission ; il n’est ni très pur, ni très régulier dans la rime, la prosodie, la versification, le vocabulaire et la syntaxe. On y retrouve parfois le jargon de Martine où s'entremêlent patois et français ou leurs produits bâtards: mots patois francisés et inversement.

Et je parlons tout droit comme on parle cheux nous 5.

Les constructions patoises même apparaissent de temps à autre au milieu du français : ces irrégularités sont évidemment d'origine populaire.

La loi générale phonétique de l'hiatus règle la liaison euphonique des mots : presque invariablement les consonnes tampons adoucissantes t , n, viennent s’interposer entre les voyelles finale et initiale de deux mots consécutifs :

J’ai-z un coquin de frère — pèr’- z et mère — un caraco-z en velours — Mère, j’ai-t un mal de tête — s’en va-t en guerre — j’-n’en veux bien 6.

1. Cf. Constantin: Noelç et Chansons de Nicolas Martin ( 1555), (Annecy, i 885), ou bien nouvelle édition par J. -F. Orsier (Paris, Léon Willem, i 883).

2. Cf. Constantin : Annecy, i 8 8 5 . Pour l’indication plus complète des Ch. patoises savoyardes consulter l’Essai de Bibliographie de M. J. Désormaux dans J. Constantin et Désormaux : Dict Savoyard , Abry, Annecy, 1902 (p. xlti, ss.)

3. Nous avons en vue ici la vieille chanson patoise traditionnelle. On lira avec intérêt sur ce sujet : J. Despine : Recherches sur les poésies en dialecte savoyard où l’auteur commente les œuvres patoises savoyardes, à auteurs connus.

4. Toutes les Chansons patoises de ce recueil ont été traduites en français. Quant aux expressions patoises ou en français local employées çà et là, nous en avons donné brièvement la signification en quelques mots au bas des pages, en vue de faciliter la lecture d’affilée. Cela ne dispensera pas ceux qui s'intéressent au patois de recourir — pour compléter ces indications sommaires — à l’excellent Dictionnaire savoyard , de Constantin et Désormaux (loc. cit.) dont nous avons adopté le système graphique.

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