CANTILÈNE DES SOLDATS D'AURÉLIEN
{Air inconnu)
Mille, mille mille mille mille mille decollavimus, Unus homo, mille mille mille mille decollavimus. Mille, mille, mille vivat qui mille lïiille occidit. Tantum vini bibet nemo quantum fudit sanguinis.
Cette célèbre cantilène a été traduite, en 1667, par Tabbé Marolles. Voici cette traduction bizarre que Crespin a mise en musique :
Mille et mille et dix mille et mille et mille el mille Nous avons décolez (Ils sont tous de'solez) En Tune et l'autre file.
Un seul en vaut dix mille... et, d'un labeur facile, Nous les avons fauchez!,.
Nous les avons hachez.
Tandis qu'il les enfile.
Mille icy, mille et mille et mille fois dix mille Il taille, il perce, il fend, Ce guerrier trionfant Valeureux comme Achille.
Mille là, mille et mille !... opulent et docile, Nul d'un travail divin Tant de tonneaux de vin Ne mit jamais en pile.
Mille, mille et cent mille et mille fois dix mille Nous avons décolez!..
Ils sont tous désolez Dans la poussière vile.
On sait que saint Martin a donné son nom à quantité d'édiflces, rues, places, canaux, faubourgs, à nombre de centres de population. On n'en rencontre pas moins au delà qu'en deçà de la frontière française. Ce qu'on a peut-être oublié, c'est que Martin (Martinus, diminutif de Mars) était soldat ; qu'il servait, non sans distinction, dans la cavalerie de l'empereur Constance. Il s'y est si bien fait remarquer que sa cape a été prise pour drapeau de nos armées du VF siècle et qu'une légende ou chanson de gestes a pieusement consacré le souvenir de sa valeur militaire.
De toutes les vertus qui l'ont rendu célèbre la première était la charité. Il aimait les pauvres ; il leur donnait son pain, ses vivres, son argent, tout ce qu'il avait. Un jour qu'il passait par Amiens, et que ses nombreuses aumônes avaient épuisé ses ressources, il aperçut un homme dont l'aspect le navra. Couvert de loques ou, pour mieux dire, à moitié nu, le malheureux grelottait, mourait de froid, car on était alors au cœur de l'hiver. Martin, à bout de largesses possi-
bles, n'avait plus pour tout bien que son cheval, son uniforme et ses armes. Comment venir en aide à qui implorait sa pitié ? On sait Tinspiration qu'eut le jeune légionnaire. Il coupa vivement en deux son manteau d'ordonnance et en donna l'une des moitiés au pauvre.