‹ Chants et chansonsChapitre 182 sur 202 · MON JARDIN · texte numérisé non relu

MON JARDIN

Dans l'uni v^ers Que de travers, Que de scrupules, Rendent changeants Nombre de gens.

Leurs ridicules M'importent peu :

Chacun son jeu.

Je vis tranquille En citadin Sous la charmille De mon jardin.

Simple maison Et vert gazon ; Larges allées, Grands espaliers Beaux groseilliers Et fleurs mêlées.

Puis, des massifs Avec des ifs; Plus un bocage Avec bassin Pour l'arrosage De mon jardin.

Oh ! les beaux jours Me font toujours Quelques surprises :

Là, des primeurs,

de Pa 7il Avcncl. 349

Là-bas des fleurs Ou des cerises.

Merci soleil Blond et vermeil !

Et tout mon être Chaque matin Semble renaître Dans mon jardin.

Ce Paradis Près de Paris Est tout mon rêve.

Je suis heureux Sous les beaux yeux D'une bonne Eve ; Miro, mon chien, Trouve ça bien.

Ainsi la vie S'en va son train De compagnie Dans mon jardin.

En vieillissant, L'âge, on le sent, Rend égoïste.

Je n'aime pas Monsieur Maupas Bonapartiste, Coupe-jarret Et chien d'arrêt ; Mais je préfère A ce faquin, "^ Le beau parterre De mon jardin.

1. M. Charlemagne-Émile de Maupas, ancien ministre de la police générale sous l'empire, ancien ambassadeur, ancien sénateur, grand-croix (le la Légion d'honneur, est mort à Paris, dans son domicile de la rue du Bac, à l'âge de soixante-dix ans, après une longne maladie (juin 1888).

Là, dans son coin On suit de loin La politique Oui malgré tout Grandit beaucoup En République.

Maints députés Des mieux notés Croyant au change Tournent soudain...

Mais rien ne change Dans mon jardin.

En plein été Quand la beauté De la nature S'épand partout, Régnant sur tout Dans sa parure ; Il resplendit En mon esprit Une lumière !

Ce feu divin Est l'atmosphère De mon jardin.

L'azur des cieux

Est pour mes yeux

Comme un grand voile

Artificiel

Mis sur le ciel

Sans une étoile.

L'espace uni,

C'est l'infini,

Où le Zéphire

Est souverain,

de Paul Avencl. 351

Et je l'admire De mon jardin.

Quand mes amis Sont réunis Sous la tonnelle, Près d'un bosquet Miro se met P2n sentinelle.

Son grand œil doux Semble en courroux De ne plus être, Lui, si câlin, Seul, près du maître, Dans le jardin.

Je vis ainsi Sans grand souci.

Ni maux de tête ; Mais par moments J'ai des tourments :

Bismarck m'embête.

Il prend le ton D'un vieux canon Qui veut la guerre.

Quel sot voisin !

Il m'exaspère Dans mon jardin.

Ah ! s'il voulait, Certe il pourrait.

Ce roi des princes.

Etre galant...

En nous rendant Nos deux provinces.

Mais c'est un Goth, Un Wisigoth,

Il faut les prendre, Passer le Rhin...

C'est à me pendre Dans mon jardin !

En attendant Qu'un commandant Nous mette en ligne, Je songe, hélas !

Au chasselas Que dans ma vigne' Un étranger Peut vendanger...

Ça me révolte, Que pour Berlin Soit la récolte De mon jardin.

Oui, mais le jour, Où le tambour, La République, Diront : « Cessez, Tribuns, assez De politique. »

Oh ! ce jour-la Mon cœur criera :

« Bonne espérance !

Et sus au Rhin...

Vive la France !

Adieu... jardin. »

Sur mon honneur, Je n'ai pas peur Pour la Victoire De nos drapeaux;

de Paul Avenel. 353

Nos généraux Doivent y croire.

Étant vaillants Ils seront grands !.

Ce jour de gloire Étant lointain, Je reste à boire Dans mon jardin.

UN REPAS DE FIANÇAILLES A M"*^ Berthe d*** et Auguste L***

Air : Amis^ voici la ?'i<mte semaine.

A ce repas point de mines sévères ;

Soyons joyeux, l'avenir nous sourit.

Ne mettons pas de Peau dans nos grands verres,

Faisons, en ça, preuve de gens d'esprit.

Tout au plaisir du beau jour qui s'apprête,

Lâchons la bride à notre bonne humeur,

Car nous savons qui président la fête :

C'est l'Amitié, l'Amour et le Bonheur. (Bis.J

Nos Présidents sont les Dieux de la vie ; Sans eux, sur terre, il n'est rien de parfait; Étant divins, ils aiment sans envie Et ce qu'ils font pour nous est fort bien fait.

L'Amitié franche, affectueuse, bonne, " Ne s'offre pas au malheur à demi,

Et, sans calcul, toujours oblige ou donne... J

Rien n'est plus beau que le titre d'ami. ^

L'amour, hélas ! a ses métamorphoses :

Léger, frivole, il est sans probité.

Et trop souvent se cache sous des roses Pour mieux tromper par sa frivolité.

Mais l'amour vrai, c'est le soleil de l'âme Jetant sur nous sa céleste splendeur; C'est le foyer de l'enivrante flamme D'un cœur aimant dans toute sa candeur.

Quant au bonheur complet, c'est l'oiseau rare

Dont autrefois a parlé Juvénal ;

Qui court après, souvent tombe ou s'égare.

Pour bien des gens il est phénoménal.

Contentons-nous de cet état prospère.

Où le devoir est toujours triomphant ;

Où l'homme heureux se grandit dans le père

En chérissant la famille et l'enfant.

Une autre vie, à vos yeux, se révèle : Votre cœur bat, ô jeunes fiancés !

Devant vous s'ouvre une aurore nouvelle : Celle du jour de vos vœux exaucés.

Nous comprenons votre ardente jeunesse, Nous partageons votre félicité.

Et pour fêter, enfants, votre allégresse, Nous allons tous boire à votre santé.

17 juin 188.S.

de Paul Avenel.

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