MONSIEUR ALFRED
Air lie Civlpigi.
Monsieur Alfred n'est plus des nôtres :
Il a fait comme beaucoup d'autres^,
A l'empereur il a vendu
Son tout petit individu. (Bis.)
Ce député de camelote
Porte à présent frac et culotte
1. Allusion au mot de Prévost -Paradol qui avait dit, eu parlaut do Napoléon III, que la France s'était donnée à un palefrenier. Plus tard, d'orléaniste qn'il était, Prévost -Paradol se rallia ù renii)ire. L'empereur l'envoya, en 1.S70, aux Étiits-Unis pour représenter la France, et le malheureux, pris de i-eniords d'avoir renié son parti, se suicida en se tirant un coup de revolver au cœur, le 19 juillet 1870. - Comme envoyé extraordinaire, il avait 00,000 francs de traitement, mais il était entré dans le salon gouvernemental par la même iwrte que M. Emile OUivier, la porte de l'aiwstasie.
"2. M. Alfred Darimou, après s'être fait nonnner dépoté de Paris par l'oiipositioii républicaine, devint ardent bonapartiste. Il était l'ami intime il'Émile Ollivier ; c'est tout dire.
En l'honneur du petit chapeau...
Il a déserté son drapeau. (Bis.)
Monsieur Alfred est un parjure Oui salit jusqu'à sa roture; Car, descendant d'un perruquier, Il se conduit comme im Pasquier '.
Au séné passant la rhubarbe, De rouge il n'a plus que la barbe; Mais à la cour il fait le beau; Il a déserté son drapeau.
Monsieur Alfred socialiste - S'est fait fervent bonapartiste :
Pour vouloir manger de ce pain.
Fallait qu'il eût diablement faim.
Paris le fit sortir de terre; Il n'était rien, l'ingrat préfère Être familier du château...
Il a déserté son drapeau.
Soit par calcul, soit par bêtise, Ainsi qu'on change de chemise, Alfred a changé de serment :
Il est né pour le changement.
Quand on l'accueille aux Tuileries, Il paye en basses singeries Sa petite part du gâteau...
Il a déserté son drapeau.
Monsieur Alfred, là, fait la roue; Mais c'est un paon que l'on bafoue,
1. Ancien pair de France, célèbre par le nombre de ses serments prêtés.
2. En 1849, M. Alfred Darimon était un des iirincipaux rédacteurs du journal le Peuple, dirigé par Proudhon. 11 en partageait alors toutes les idées.
de Paul Aven cl. 69
Bien qu'il accepte le mandat De mouche du char de l'État.
Un jour, il dira : « Qu'on fusille De l'Elysée à la Bastille, Je vaux Ponsard et Pastoureau ' ! »
Il a déserté son drapeau !
LE CHAXT DU PERE GIRAUD A Eugène Delattre
Les deux Giraud, mes fils, étaient deux gas honnêtes, C'étaient de braves cœurs, c'étaient de fortes têtes ; Dieu les avait fait naître actifs, intelligents, Et leur nature droite étonnait bien des gens. Dans le fond de leur âme ils avaient pour devise. Trois mots républicains : « Droit ! Liberté ! Franchise ! » Ils croyaient à l'honneur!... Et, comprenez-vous ça.'' Pierre est mort à Cayenne, et Paul à Lambessa !
Un jour, on descendit sur la place publique; On avait, disait-on, fondé la République; Pierre et Paul, ce jour-là, jurèrent des deux mains De vivre et de mourir en vrais républicains. Ce gouvernement-là c'était leur rêverie ; Pour eux, c'était le bien de la mère patrie
1, M. Ponsard, secrétaire général de la préfecture de la Nièvre, et ^[. Pastoureau, préfet du département du Var, entraînés par leur zè'e, firent fusiller de sang-froid des républicains qui avaient pris les arme.-; contre le coup d'État du 2 décembre 1851. Nous citerons, entre antres, l'exécution du cabaretier Thème, au bourg do Neuvy (Nièvre), et celle de Martin Bidauré, à la ville d'Aups (^'ar). Ce dernier fut fusillé deux fois. (Voy. le Coup d'État, par M. Eug. Ténot.)
70 Chants et Cliansons
Ils aimaient tant la France!... Et, comprenez-vous ça? Pierre est mort à Cayenne, et Paul à Lambessa !
Ils me disaient souvent : « Ne travaille plus, père !
Avec nous tu n'as pas à craindre la misère :
Nous sommes jeunes, nous; repose tes vieux bras;
Ta tâche est largement accomplie ici-bas;
Nos poignets vigoureux conduiront la charrue,
Et toi, chez nous, assis sur le banc de la rue,
Tu pourras nous attendre... » Et comprenez-vous ça ?
Pierre est mort à Cayenne, et Paul à Lambessa !
Un soir, le tambour bat, on sonne, on crie : « Aux armes! »
La voix du vieux tocsin semblait pleine de larmes...
Un prince violait la Constitution,
En décembre, en plein jour, devant la nation.
Ah ! l'indignation souleva les poitrines ;
Ils partirent tous deux, avec leurs carabines.
Pour faire leur devoir... Et, comprenez-vous ça ?
Pierre est mort à Cayenne, et Paul à Lambessa ! ,
Et moi, j'attends la mort, je suis las de l'attendre... Du haut du ciel, parfois, la nuit, je crois entendre Les cris de mes enfants, deux martyrs : ô douleur ! S'ils ont perdu la vie, ils ont gardé l'honneur ! Ils marchaient pour le droit, ils sont morts pour la France! Sur leurs tombes on met la honte et le silence ; Mais moi, je parle d'eux..'. Ah ! vous comprenez ça : Pierre est mort à Cayenne et Paul à Lambessa' !
1. Le Clmnt Ju pPre Girand avait été interdit sous l'empire sur les théâtres et dans les concerts. L'auteur n'obtint le vu et autorisé de messieurs de la censure que le 2G mars 1879 (après liuit refus). Cola s'explique : la République avait laissé en place tous les censeurs de l'empire, et ils étaient devenus plus bonapartistes que jamais!
de Paul A venel.