DÉCEMBRE
O peuple de Paris ! va- nu-pieds héroïque,
Sois calme dans ta force, attends la République.
L'n nouveau jour, pour toi, luit dans l'humanité :
C'est le soleil levant de la fraternité.
Tu n'es plus ce butor qu'on roue et qu'on bâtonne,
Ton cerveau s'illumine et ton bon sens rayonne.
Mais, immortel géant, de ta robuste main
Ensemence toujours le champ républicain.
Ta résuiTection lentement se prépare, Mets ta main sur ton cœur; tu revivras, Lazare! Tu sais bien que l'empire est un égout fangeux; Où se sont rassemblés tous les vrais partageux; On vit de tes sueurs, on rit de tes colères, On s'en donne le droit puisque tu le tolères... Mais, immortel géant, de ta robuste main Ensemence toujours le champ républicain !
Ne voulant pas de maître et pas de dynastie. Reste fort et prudent sous ta feinte inertie. Sénateurs, chambellans, ministres, députés. En palpant tes gros sous, rognent tes libertés : — Patient, dédaigneux, honore la Courtille ; Prouve bien ta raison à celui qui fusille... Mais, immortel géant, de ta robuste main Ensemence toujours le champ républicain !
Aux amis de Veuillot on élève des temples, Les fils de Loyola donnent les bons exemples, Coquille et Janicot deviennent libéraux * Et nos troupiers se font soldats pontificaux : On ne t'écoute plus, victime de l'empire. On t'a coupé les crocs, — plus tard on fera pire... Mais, immortel géant, de ta robuste main Ensemence toujours le champ républicain !
Et tu sais, peuple fort, ce que cela veut dire : Soldats, prêtres et plomb, en langue de l'empire. Que fais-tu de ta voix et de tes bras puissants? Tes ongles ont poussé pourtant depuis vingt ans ! La France en deuil gravit la pente du Calvaire Pour mieux porter à Dieu les pleurs du prolétaire. Mais, immortel géant, de ta robuste main Ensemence toujours le champ républicain !