LE BON DIEU RÉPUBLICAIN
Chant rustique
Créé par A. Potel du théâtre des Bouffes-Parisiens.
Mmique de M. Ch. Hubans.
Chaque matin, un grand soleil se lève A l'Orient splendide et radieux; Dans les bourgeons il fait monter la sève, Pour nous donner des vins délicieux.
Le cep est fier, sur le coteau rustique, De se courber sous le poids du raisin. Amis, il faut aimer la République, Car le bon Dieu s'est fait républicain».
1. La musique chez M. Bathlot, éditeur, rue de l'Echiquier, 39.
Le temps est beau, la moisson sera belle ; Les gerbes d'or font l'orgueil de nos champs. Nos braves bœufs, repus d'herbe nouvelle, Restent couchés comme des fainéants.
Sous le ciel bleu, «notre sol revendique Les droits sacrés du grand labeur humain. Amis, il faut aimer la République :
Car le bon Dieu s'est fait républicain.
Le rossignol, de sa voix cadencée, Dit sa chanson aux brises de la nuit ; Jean dit aussi le fond de sa pensée Chez sa promise, où l'amour le conduit. Et l'abondance au foyer domestique Double la joie en doublant notre gain.
Amis, il faut aimer la République :
Car le bon Dieu s'est fait républicain.
Le paysan et l'ouvrier des villes Auront leur part de la prospérité; Le blé, le vin de nos plaines fertiles. Conserveront leur robuste santé.
Soyons contents, l'année est magnifique; Les malheureux au moins auront du pain. Amis, il faut aimer la République :
Car le bon Dieu s'est fait républicain.
Ma femme, hier, écoutant la nature, A mis au monde im énorme garçon; Ma vache ensuite, au bout de la pâture A fait deux veaux, à l'ombre d'un buisson. C'est un bonheur qui, grâce au ciel, s'explique, Et que j'espère encore l'an prochain.
Amis, il faut aimer la République :
Car le bon Dieu s'est fait républicain.
C'est à l'an mil huit cent soixante-douze Que nous devrons notre affranchissement;
158 Cha7its et Chansons
Pour mon pays mon cœur bat sous ma blouse,
J'ai confiance en son gouvernement.
Il ne faut plus de pouvoir monarchique^;
L'avenir s'offre à nous clair et certain.
Amis, il faut aimer la République :
Car le bon Dieu s'est fait républicain.
La France veut vivre libre, affranchie Des vieux partis et de leurs prétendants; Donc, pour ne plus subir la monarchie, Nommons des gens républicains fervents.
Et le progrès, ce flot démocratique, Submergera l'antique droit divin.
Amis, il faut aimer la République :
Car le bon Dieu s'est fait républicain.