‹ Chants et poëmesChapitre 14 sur 42 · LA PLUME · texte numérisé non relu

LA PLUME

Je reçois une plume au hasard ramassée,

Dans son vol passager par l'oiseau délaissée ;

Elle tomba du ciel, et son humble avenir,

En traversant les airs, était de me venir.

Tu fus purifiée au céleste rivage,

Tu t'imprégnas d'éther, tu battis le nuage,

0 plume, car tu fus h l'oiseau voyageur

Cette force qui fait planer la pesanteur,

Force du demi-dieu que ]e soleil réclame

Et qui porte le corps sur le chemin de l'âme ;

Car tu proviens de l'aile et tu frappas les cieux

Du rhythme de la rame au choc harmonieux.

Tu marquais la mesure au chant rêveur et tendre

Que ton voilier vivant au ciel faisait entendre.

Tu te laissais bercer par les souffles d'amour

Qui portent les oiseaux dans les plaines du jour.

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L'air, l'élément léger que traverse la vue, Était plus lourd encor que ton aile étendue. L'oiseau n'était plus rien, il était dégagé De tout, comme l'esprit dans l'abîme plongé.

Te repliant, avant le lever de l'étoile Tu gagnais notre sol. Rame changée en voile, Tu recouvrais alors la tête de l'oiseau Qui cherchait ton duvet jusques au jour nouveau. Oh ! j'ai toujours aimé cette prudente tête Qui, dans la sombre nuit et la froide tempête, Trouvera sous son aile un repos suffisant Et sur son propre sein l'oreiller bienfaisant. Heureux qui trouve en soi l'abri contre la bise î C'est ainsi que fait l'âme, et sa force conquise La porte à s'abriter dans sa propre chaleur. Le repos de la tête est toujours sur le cœur.

0 plume, ton oiseau dans son trajet céleste, Parfois te repliait pour un cours plus modeste : Gomme un simple mortel il marchait sur le sol, Et l'ingrat par les pieds se consolait du vol. S'il oublia le ciel, la terre est son excuse : Elle offre des jouets dont tout être s'amuse. L'exlase est au sommet, l'enfantillage en bas, L'arc-en-ciel sous le vol et la fleur sous les pas.

LA PLUMÎT. «

Mais il te relevait, comme fait une reine Pour préserver les plis de sa robe qui traîne De la poudre banale où marchent les humains. Il te lhrait plus loin aux parfums souverains, Te laissant effleurer les gouttes de rosée, Eau bénite de Dieu sur le thym déposée.

Ainsi la Muse un peu veut descendre du ciel Pour venir caresser les fleurs pleines de miel, Et ses pieds délicats pleins de l'étirer encore Courent sur le gazon au-devant de l'Aurore.

Si le Dieu trois fois saint voulut l'eau du Jourdain, Tout cherche son baptême au mystère du bain, Et toute blancheur va dans le secret de l'onde Perdre le souvenir, de la trace du monde.

Ainsi l'oiseau, honteux de suivre nos sentiers, Te plongeait chastement dans ces doux bénitiers Qui brillent en miroirs ou dansent dans nos plaines. Alors tu t'étendais sur les ondes sereines, Et tu te préparais à remonter aux deux En lavant le péché d'avoir aimé ces lieux. Quand tu gagnais le bord, ô plume immaculée, Les perles te couvraient ; alors la brise ailce^

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En donnant un baiser sur cet écrin fait d'eau, L'emportait en fumée au sein d'un lis nouveau, Où l'oiseau quelquefois par hasard allait boire.

Plumes et gouttes d'eau, fleurs, éternelle histoire, Romans du la nature, oh ! toujours et toujours Tous fournirez un texte aux rêves des amours.

S'armant de toi parfois, plume longue et soyeuse, Ton maître inquiété te faisait belliqueuse, Ta devenais fléau pour l'imprudent rival, Qui recevait de toi le stigmate fatal.

Ph;s tard ton bel oiseau voletait dans la plaine, Il poursuivait par toi sa compagne incertaine : Comme il passait par là, le poète rêveur, Dans les buissons discrets de l'aubépine en fleur Voyait en s'agitant se confondre quatre ailes Qui battaient sans voler et des plaines mortelles Faisaient un second ciel. Mais les ailes toujours Gardent leur mission pour leur céleste cours. Le p ^ëte bientôt, en élevant la vue, Voyait le couple fier se perdre dans la nue, Modèle des amants et des cœurs généreux, Qui, pour goût r l'amour, relèvent dans les cieux.

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Mais après les amours vient le temps de la mue.

Ton maître, te sentant pesante et retenue,

Descendait plus souvent sur la cime des bois.

Jusqu'aux portes du ciel le Temps maintient ses lois.

Alors il t'étendait, comme sur sa nacelle

Le nautonnier étend sa voile qui chancelle,

La sèche de son mieux aux souffles plus cléments

Et répare un à un ses fils battus des vents.

Le marin et l'oiseau que leur instinct dévore

Se servent du retour pour repartir encore.

Tu te dépliais donc et d'un bec caressant

Ton oiseau t'enduisait d'un philtre tout-puissant;

Car Dieu qui songe à tout a créé pour les ailes

Des philtres que l'oiseau laisse couler sur elles.

Dans leurs vaisseaux ainsi les marins font couler

Le goudron protecteur avant de s'envoler.

Mais la plume et la voile ensemble sont lassées. Le plus grand voyageur de ses fêtes passées Ne voit plus sur le port qu'une voile en lambeaux, Une plume qui vole... et de tant de tableaux L'ombre de ce qui fut, c'est tout ce qui nous reste.

Délire du bonheur et retour trop funeste! Plume, lorsque l'oiseau comptait encor sur toi, Quand il battait les airs dont il se croyait roi

Et qu'il laissait au loin ces forets si hautaines Trop basses pour l'amant des insondables plaines, Quand cet hôte du ciel disait : « Rayon vermeil, Si tu descends de lui, moi je monte au soleil, » Tu tombais de son aile et voguais dans l'espace ; Lui, te voyant jouet de la brise qui passe, Ne te reconnut pas et peut-être il te prit Pour un second oiseau. Tombant de notre esprit Ainsi vole au hasard l'illusion lassée.

Débris flottant au vent, plume de la pensée, Illusion chérie, hélas ! la mue un jour Doit vous faire tomber des ailes de l'amour.

Le poëte veilleur, rêveuse sentinelle Qui reçoit des hauts lieux la première nouvelle, Te vit flotter au ciel débris du voyageur ; Tu tombas sur sa tête, il te mit sur son cœur, Ce prisonnier qui bat aussi dans la poitrine Comme pour s'envoler vers la plaine divine. Tu passas dans ma main et tu vas dès ce jour Entrer dans mon repos. Dans mon obseurséjour, Que vas -tu devenir, émissaire céleste, Toi la fille d'en haut, toi l'exilée où reste Encore un flot d'éther ? D'un saint respect pour toi Je suis prise et rougis de te garder chez moi :

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