L'ARBRE
La forêt se berçait sous les ailes agiles
Des zéphyrs amoureux de ses lyres dociles;
Les arbres souriaient ainsi que des enfants
Qui sous l'œil paternel ont grandi triomphants.
Ils étaient tout remplis de prismes et de charmes,
Et les pleurs du matin étaient leurs seules larmes.
ce Oh ! que le Créateur est grand dans ses bienfaits! »
Gazouillaient les oiseaux, qui ne mentent jamais.
Un tout petit enfant passant dans le bois sombre
A sa mère disait : c< Qui nous donne tant d'ombre,
De rayons et de fleurs ? » La mère répondait :
« C'est Dieu, mon doux enfant, qui pour mon cœur t'a fait.
Mais entre tous ces rois au splendide feuillage Que la terre et le ciel couvraient de leur hommage, Un surtout s'élevait couronné de beauté, Investi de splendeur, sacré de majesté.
Le poëte, en voyant cet arbre magnifique.
Avait dit devant lui le célèbre cantique
Où David, qui portait la lumière du cœur,
Invite la nature à chanter son auteur.
Un pèlerin, lassé de son trop long voyage,
Venait de rafraîchir son front sous son feuillage,
Et, comme s'inspirant sous l'arbre hospitalier,
Il avait élevé son âme pour prier.
Une femme altérée avait cueilli la fraise,
Trésor qu'il ombrageait, et sa voix plus à Taise
Jetait le rire au vent, comme un vase trop plein
Laisse un flot parfumé s'échapper de son sein.
Ce poëme d'amour dans une matinée
Avait, h son début, promis bonne journée :
Môme deux ennemis, à son ombre passant,
S'étaient pris à s'aimer sous son charme puissant.
Tel était ce bel arbre, à la tige si douce
Qu'on écrivait son nom dessus, et dont la mousse
Couvrait les nœuds légers comme un riche velours.
Rien n'était à son ombre en danger de ses jours,
Car jamais le chasseur de sa flèche ennemie
N'avait frappé la proie à son ombre endormie,
Et le lion jamais, les ongles clans un cœur,
Ne rougit son gazon du sang du voyageur.
11 portait des œufs bleus et des essaims d'abeilles ;
Le miel entre ses bras par des routes vermeilles
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Coulait, et de partout mouches et papillons Venaient et s'y jouaient dans de vivants sillons. Enfin l'ange gardien que Dieu donne à la terre S'y reposait la nuit, unique et saint mystère, Et chantait le cantique et l'hymne qui le suit, Donnant le ton au jour et le rhythme à la nuit.
Alors c'était le temps où la Pâque venue Faisait ceindre les reins, tandis que la laitue Avec les blancs agneaux imposés aux croyants Mettait la joie avec l'amertume en leurs'flancs.
Un homme vint au bois, ayant en main sa hache, Avec le sang aux yeux, à son front une tache ; 11 abattit cet arbre, et, blasphémant dessus, Il en fit une croix pour y clouer Jésus.
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