CHANT DES CHAMPS
C'est la nuit! Le coq chante, un autre lui répond De là-bas, de là-bas, dans le lointain profond. Quel est ce nouveau coq? On ne saurait le dire. Pour le même signal même instinct les inspire. Ces veilleurs généreux, sentinelles du jour, Par leurs chants répétés l'annoncent tour à tour.
Quand la nouvelle idée, encor dans le mystère,
Va se lever sur nous, des deux bouts de la terre
Deux grands esprits veilleurs chantent pour l'annoncer.
Chaque astre a son devin qui doit le devancer.
Le ciel mit des hérauts devant toute lumière,
Et pour se répéter, on n'est point plagiaire.
Les coqs n'imitent pas en chantant tour à tour ;
Chacun, par l'œil intime, a deviné le jour;
Il répond de lui-même à quelque voix secrète
Qui l'instruit en son temps. Et la lumière est faite.
Quand le couple exilé de FEden enchanteur
Vit la première nuit, il frémit de terreur.
Devant le ciel en deuil Eve fit sa prière ;
Dieu, pour la consoler, lui promit la lumière.
S'il résiste à l'orgueil, il cède à la douleur.
Le coq, dès ce moment, fut son grand précurseur ;
Il fut chargé de dire à la nature humaine,
Dans la profonde nuit, que l'aurore sereine
Se file aux doigts de Dieu qui toujours se souvient ;
Et, dans l'horreur des nuits, on sait que le jour vient.
Eve punie, hélas ! mais dès lors rassurée,
Yit avec moins d'effroi la lumière expirée;
Ses pleurs furent changés en sommeil, puis le jour
Avec le chant du coq lui promit son retour.
0 consolation ! divine Providence !
Dieu fit du chant du coq la première espérance. Mais il voulut aussi, dans la nuit des esprits, Qu'un veilleur annonçât l'aurore par ses cris. Pour cet avènement, il donne le prophète Portant le nom de saint ou celui de poëte.
Grands précurseurs du jour, dans un divin élan Chantez le jour nouveau. Jésus-Christ eut saint Jean, Ce fut lui qui prévint le lumineux mystère, Et dans la nuit des cœurs dit le jour à la terre.