LE LOPHOPHORE
Cette voix que j'entends, lumineux lopliophore, Coq de l'Himalaya, c'est l'appel qu'à l'aurore Jette, comme nos coqs, ton gosier matinal, Oiseau resplendissant qu'un ciel oriental Peint de mille couleurs au reflet de métal :
Cette voix que j'entends, c'est l'appel de l'aurore ,
Cette voix que j'entends,
C'est l'appel du printemps.
Cette voix que j'entends, c'est la voix de ma mie, Dans un rêve du ciel ici-bas endormie,
Blanche comme la nacre, aux yeux clairs comme l'eau. Dont le souffle plus pur que celui de l'oiseau Rallume le tison, relève le roseau.
Cette voix que j'entends, c'est la voix de ma mie ;
Cette voix que j'entends,
C'est Tappel du printemps.
Cette voix que j'entends, c'est une voix des îles, Qui dit: Assez de pleurs, de tourments inutiles, Depuis assez longtemps les nègres ont souffert A nous faire du sucre; un grand cocotier vert Tend sur leurs fronts hâlés son parasol ouvert. Cette voix que j'entends, c'est une voix des îles;
Cette voix que j'entends,
C'est l'appel du printemps.
Cette voix que j'entends à travers les crevasses Des vieux toits lézardés, c'est le soupir des masses, Des pauvres parias, des vaincus, des maudits, De ceux qui, n'ayant pas dans leur petit taudis
Du pain, de l'air, du feu, rêvent le paradis;
Cette vote que j'entends, c'est le soupir des masses;
Cette voix que j'entends,
C'est l'appel du printemps.
Cette voix que j'entends, c'est un concert immense D'oiseaux libres et gais dont l'éclat se nuance De toutes les couleurs du prisme et incelant. Au-dessus le bulbul, rossignol modulant, A la rose, au lotus chante un hymne brûlant; Cette voix que j'entends, c'est un concert immense;
Cette voix que j'entends,
C'est l'appel du printemps.