‹ Chants et poésiesChapitre 49 sur 204 · DÉMEMBREMENT DE LA P0L0G3I · texte numérisé non relu

DÉMEMBREMENT DE LA P0L0G3I

Nous rentrons dans l'âge de fer :

Bourreau, fais l'apprêt du supplice !

Liberté, bon droit et justice, Ne sont plus que des mots en l'air.

Nos pères croyaient voir l'aurore D'un âge libre et florissant; Ils ne voyaient qu'un météore Chargé d'une vapeur de sang.

Adieu patrie •

Et liberté !

Ce qui n'est pas décapite Est fouetté Vers la Sibérie.

Eh quoi ! tout un peuple oserait

Se dire libre sur la terre !

H faut le contraindre à se taire,

II faut étouffer son secret.

A cette horde vagabonde

Refusez le pain et le sel,

Qu'il ne soit plus en lieu du monde

D'asile à ce grand criminel.

Adieu patrie Et liberté !

Ce qui n'est pas décapité Est fouetté Vers la Sibérie.

Si quelqu'un s'avise ici-bas De redresser un peu la tôle, Son front attire la tempête, L'embûche rampe sous ses pas.

Socrate n'est plus qu'un impie, Galilée est chargé de fers ; Sur une croix Jésus expie La rédemption des pervers.

Adieu patrie Et liberté !

Ce qui n'est pas décapité Est fouetté Vers la Sibérie.

Tyrannie ! ô monstre géant 1

Ta faim n'est jamais assouvie,

Il faut que toute noble vie

S'abîme en ton gosier béant.

Agneaux, taureaux, boucs et colombes,

Par centaines sacrifiés,

Sont tes plus humbles hécatombes;

Il te faut des peuples entiers.

Adieu patrie Et liberté!

Ce qui n'est pas décapité Est fouetté Vers la Sibérie.

DE PIERRE UUPONT. 107

Au moins n'avons-nous pas baisé Le pied fourchu de cette idole ; Nous luttons de notre parole, Notre glaive s'étant brisé.

Frères ! notre cause est la vôtre !

Que le plus petit d'entre vous Se lève et se change en apôtre Pour annoncer les droits de tous !

Adieu patrie Et liberté !

Ce qui n'est pas décapité Est fouetté Vers la Sibérie.

L'homme, sitôt qu'il vient au jour, A tout le genre humain pour i'rère, Et, dès le ventre de sa mère, A droit à la vie, à l'amour.

En prenant sa part dans l'ouvrage, Il a, pourvu qu'il aime un peu, Un coin libre dans l'héritage, Et ne doit de compte qu'à Dieu.

Adieu patrie Et liberté !

Ce qui n'est pas décapité Est fouetté Vers la Sibérie.

Tous ces droits sacrés nous sont pri»

Parla tyrannie... Anathème !

Entendez notre tri suprême, Hommes libres de tous pays.

Qu'un hurra lointain nous réponde Quand nous allons nous engloutir ; Dieu doit la liberté du inonde Au râle d'un peuple martyr.

Adieu patrie Et liberté!

CmNTS ET FOÉSI£S

Ce qui n'est pas décapité Est fouetté Vers la Sibérie.

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