‹ Chants et poésiesChapitre 50 sur 204 · LES FERS A CHEVAL · texte numérisé non relu

LES FERS A CHEVAL

L'horloge au plus prochain nuage Envoyait les coups de minuit, Car tout dormait dans le village, Hors la bête et Foiseau de nuit ; Un bruit sourd traverse l'espace, Puis un homme rouge, à cheval, Court droit à la fenêtre basse De la maison du maréchal.

Ohé, bonhomme ! (Bis.) Demain s'achèvera ton somme ; Saute du Ut, bon gré, mal gré, Mon cheval blanc est déferré.

Entends-tu? la maison s'ébranle,

Dit la femme, en le réveillant,

A Thomme qui court au chambranle,

Et Fouvre à grand'peine en bâillant.

Vite, du charbon à la forge,

Dit le nocturne cavalier,

Ou mon ongle imprime à ta gorge

L'empreinte d'un rouge collier.

Ohé, bonhomme! (Bis.) Demain s'achèvera ton somme ; Il faut forger, bon gré, mal gré, Mon cheval blanc est déferré.

Sous le soufflet la forge éclate, Comme un soupirail de l'enfer, Et dans la fournaise écarlate Le forgeron plonge sou fer.

Ce n'est pas du fer qu'on attache Au sabot de mon blanc coursier, Dit l'hôte en frisant sa moustache, Ni de l'argent, ni de l'acier.

* Ohé, bonhomme! (Bis.) Demain s'achèvera ton somme ; Il faut forger, bon gré, mal gré, Mon cheval blanc est déferré.

C'est de l'or qu'il vous faut, mon maitre ?

Dit l'artisan mort de frayeur ; Car dans l'ombre il voyait paraître Les lourds tromblons de monseigneur Hélas ! je ne suis point orfèvre, Et ne vends point de ce métal.

Monseigneur se pinça la lèvre D'un air inquisitorial.

Ohé, bonhomme! (Bis.) Demain s'achèvera ton somme; Il faut forger, bon gré, mal gré, Mon cheval blanc est déferré.

N'as-tu pas d'un vieil héritage Conservé trente louis d'or?

Et vos bijoux de mariage, Ne les gardez-vous pas encor?

Le malheureux crut voir le diable Sous le masque du cavalier, Et, comme on sèmerait du sable, Jeta son or dans le brasier.

Ohé, bonhomme! (Bis.) Demain s'achèvera ton somme ; Il faut forger, bon gré, mal gré, Mon cheval blanc est déferré.

Sitôt la besogne finie, L'homme rouge monte à cheval,

Et riposte par l'ironie Aux prières du maréchal.

Tu veux le prix de ta ferrure?

Entends sonner sur le payé Les sabots d'or de ma monture, Et dis si tu n'as point rêvé.

Adieu, bonhomme, (Bis.) Jusqu'à l'aube reprends ton somme ; On n'arrête pas à son gré Un cheval blanc si bien ferré.

Le forgeron bondit sur place, Brandit ses marteaux dans les airs ; Il a, pour découvrir leur trace, D'un pied de loup marqué les fers ; Il veut ameuter une troupe Et chasser l'homme rouge aux bois :

« S'il avait mis ta femme en croupe, « Que ferais-tu ? » dit une voix.

Allons, mon homme, (Bis.) 11 faut achever notre somme ; On n'arrête pas à son gré Un cheval blanc si bien ferré.

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