VESPER
Lis enflammé que le soir fait éclore, Et qui fleuris dans les plaines des deux, Lorqu'en nos champs tout devient incolore De tes clartés tu réjouis mes yeux :
Quand le berger voit poindre ta lumière, Vers le bercail il chasse les troupeaux, Et, chaque soir, en fermant sa chaumière, Il chante avant de prendre son repos :
Au ciel sans voile,
mon étoile !
Astre du soir, luis doucement Pour le berger et pour l'amant !
Le malheureux dont la vue est bornée Aux murs étroits d'une obscure prison, A ses barreaux, quand finit la journée, Vient s'accouder et cherche à l'horizon.
Alors, s'il voit aux franges de la nue Le doux reflet de ta blanche clarté, Le prisonnier chante ta bienvenue Dans ce refrain, par le vent emporté :
Au ciel sans voile,
mon étoile !
Astre du soir, luis doucement Pour le captif et pour ramant !
Sous d autres cieux égaré sans boussole, Le matelot te cherche du regard; Ton doux aspect le charme, le console, Et le reporte à l'instant du départ.
Quand il partit, sa chère Madeleine Lui dit au port, essuyant son œil noir :
Embrassons-nous, et, pour chasser la peine, Disons souvent à rétoile du soir :
Au ciel sans voile,
notre étoile!
Astre du soir, luis doucement Et pour Tamante et pour ramant 1
Tout isolé qu'une triste mansarde Retient captif loin du pays natal Dans l'azur clair chaque soir te regarde Pour oublier que son cœur lui fait mal ; U croit revoir son clocher de village Par ta lueur mollement effleuré, Et la rivière où tremble ton image; Enfin il chante, après avoir pleuré :
Au ciel sans voile,
Sois mon étoile; Pourquoi luirais-tu seulement Pour le berger et pour l'amant?