‹ Chants et poésiesChapitre 72 sur 204 · VESPER · texte numérisé non relu

VESPER

Lis enflammé que le soir fait éclore, Et qui fleuris dans les plaines des deux, Lorqu'en nos champs tout devient incolore De tes clartés tu réjouis mes yeux :

Quand le berger voit poindre ta lumière, Vers le bercail il chasse les troupeaux, Et, chaque soir, en fermant sa chaumière, Il chante avant de prendre son repos :

Au ciel sans voile,

mon étoile !

Astre du soir, luis doucement Pour le berger et pour l'amant !

Le malheureux dont la vue est bornée Aux murs étroits d'une obscure prison, A ses barreaux, quand finit la journée, Vient s'accouder et cherche à l'horizon.

Alors, s'il voit aux franges de la nue Le doux reflet de ta blanche clarté, Le prisonnier chante ta bienvenue Dans ce refrain, par le vent emporté :

Au ciel sans voile,

mon étoile !

Astre du soir, luis doucement Pour le captif et pour ramant !

Sous d autres cieux égaré sans boussole, Le matelot te cherche du regard; Ton doux aspect le charme, le console, Et le reporte à l'instant du départ.

Quand il partit, sa chère Madeleine Lui dit au port, essuyant son œil noir :

Embrassons-nous, et, pour chasser la peine, Disons souvent à rétoile du soir :

Au ciel sans voile,

notre étoile!

Astre du soir, luis doucement Et pour Tamante et pour ramant 1

Tout isolé qu'une triste mansarde Retient captif loin du pays natal Dans l'azur clair chaque soir te regarde Pour oublier que son cœur lui fait mal ; U croit revoir son clocher de village Par ta lueur mollement effleuré, Et la rivière où tremble ton image; Enfin il chante, après avoir pleuré :

Au ciel sans voile,

Sois mon étoile; Pourquoi luirais-tu seulement Pour le berger et pour l'amant?

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