CHAUT PREMIER
Tel au milieu de nous tu déployais tes ailes, Tel , d'an feu dévorant et subtil tour à tour, Ton vol faisait jaillir les vives étincelles, Et les vulgaires yeux étaient blessés par elles ; Car il en est, hélas 1 qui se ferment au jour*
De ce monde stérile accusant l'indigence , Impatient du dieu qui vivait dans ton sein , Réalisant pour nous ce fabuleux larcin Que poursuit d'un vautour l'éternelle vengeance , Tu courais, tu fuyais, tu demandais aux vents De soulever le poids de ta vie inquiète ; Du Dieu qui t'emportait magnifique interprète, Sur les monts, sur les flots ou les sables mouvans, Comme on cherche un abri, tu cherchais la tempête, Et le temps et la mort n'avaient pas de retraite Étrangère k tes pas vivans,
Eh quoi ! dans ces belles vallées Où l'oranger suspend son fruit suave et mur, Où les femmes, le soir, se promènent voilées, Où le Guadalquivir sous des cieux tout d'azur, A. ses bords parfumés verse un flot lent et pur, Quoi, tes peines jamais n'ont été consolées!
BYRON. aS
Soit qu'agitant la rame aux chants du gondolier, Ta nacelle égarât la fille de Venise, Soit qu'une belle esclave aux rives du Céphiàe, T'offrit , en rougissant , un seuil hospitalier, Où qu'aux pieds de la tour qui se penche sur Pise Jetant son ombre au loin comme un grand peuplier, Une jeune toscane à tes côtés assise, «T'apprit de ces secrets qu'on ne peut oublier,
Heureux d'un mot charmant et d'une main pressée, D'un humide regard qui se lève sur nous, D'une voix caressante et soudain oppressée , N'as-tu jamais senti que vivre était bien doux! . . .
Oui, le cœur du poète a des bonheurs intimes, Et tu les as goûtés, et ce sont là tes crimes. On dit que ton sourire a donné le trépas , Et l'on t'accuse au nom de tes belles victimes, Qui pourtant ne t'accusaient pas.
L'homme aux chants inspirés a des ailes ardentes Dont H voile aux mortels l'éclat trop radieux : Vous, du sombre Lara rêveuses confidentes, Fallait-il exiger, Sémélés imprudentes, Que le dieu tout entier se montrât à vos yeux !
afi CHAUT PRKMIKB.
Et tous» qui de son nom êtes encor parée' , Toi surfont qu'il a tant plenrée , Enfant qui pleureras an jour *.
Oh! ne l'accusez plus; toute cendre est sacrée, Et tout pardon Se doit aux faiblesses d'amour.
Le monde entier t'absout, défenseur de la Grèce; La Grèce avec transport te proclame innocent : Déjà mouraient, au loin, ses longs cris de détresse, Ta voix y répondit avec un noble accent.
Et tu lui prodiguas tes trésors et ton sang.
Les rois qu'elle appelait ne voulaient pas l'entendre, Et le joug retombait sur ses fils expirans :
Toi qui n'étais pas roi, tu courus les défendre, Et la Grèce, ô Byron , t'accueillit dans ses rangs Comme un de ses héros ranimé de sa cendre.
Tyrtée et Périclès sont fiers de t'acquérir : Des bords où tu naquis abjure la mémoire ; Ta patrie est aux lieux qui consacrent ta gloire , La Grèce est ta patrie , elle t'a vu mourir-
BTBON. ^7
Ses mains en to& honneur relèveront ses temples : Entends ériefr yera toi tout éoa peuplé épe*du ; Tu lui lègues ton nom, ta lyre, les exemples: La Grèce ne t'a point petfdti.
Dès long-temps sa vertu que l'Europe abandonne Lutte avec les secours que le passé lui donne; Elle fait un appel à ses morts éclatans , Et quand vient le péril , ces morts auxiliaires , Accourus de leur tombe autour de ses bannières, Viennent compter encor parmi ses combattans.
Tous leurs fils avec eux marchent pleins d'assurance : Riga fait retentir l'hymne de délivrance 1 , La croix de Constantin redescend dans les airs. Oui , les grands dévouemens ne sont jamais stériles; C'est comme un bouclier qui s'étend sur les villes : C'est l'ombre de Codrus peuplant ses rangs déserts. ■ Grèce ! il t'en souvient ; sur la terre et les mers Qui vainquit le grand roi? Les morts des Thermopyles.
Byron aussi vaincra. . . . Son nom déjà sacré, Se mêle aux chants guerriers que l'enfance répète;
1 O» connaît le chant du malheureux Riga , que les Grecs répètent encore.