L'HOTE
L'éclat de mai fleuri , zéphyr et le printemps
Rappellent l'étranger dans sa terre natale :
Son zèle n'attend pas la lueur matinale,
Et de fers argentés , sous des clous d'or brillans ,
Il enrichit le pied de sa prompte cavale :
Des perles de sa bride étoilaient le contour.
Aux clartés qu'un flambeau lui prête , Une fille qui l'aime et qui veut son amour,
Trois fois remplit sa coupe , et, trois fois lui répète :
« Emmène-moi dans ton séjour.
« Oui , toi , cher hôte , et moi , viens , parcourons la terre. « Mes yeux surveilleront l'apprêt de tes festins : « Je dresserai nos lits l'un de l'autre voisins.
— « Le peux-tu, gentille étrangère?
« Dans les lieux où je cours les filles ne vont pas ,
<î Mais les braves, nés pour la guerre. — « N'importe ! revêts-moi de l'habit des soldats : « Selle un coursier pour moi d'une housse dorée : « J'irai par monts , par vaux, d'un même pas que toi, « Comme un jeune homme alerte en ma course assurée. « Tous deuxpartons ensemble; oui, toi,cher hôte, et moi!»
NOTICE
Combien de jeunes lecteurs ressentiront, en lisant cette jolie chansonnette, le désir d'être à la place de l'hôte! C'est un des premiers secrets de l'art que d'associer nos sentimens à ceux des personnages dont on trace la situation. Nous assistons à ce départ : nous croyons en voir les apprêts, entendre cette jeune fille qui se refuse à faire ses adieux au voyageur qu'elle veut suivre. Tout le charme de ses simples discours résulte de ces seuls mots adroitement jetés d'abord, et répétés à la fin : « Partons, toi et moi! » Je n'ai pas voulu les perdre, et je craignais qu'un hiatus ne m'empêchât de réussir à les conserver : mais heureusement j'ai pu l'éviter, et je m'en félicite ; car, sans ces mots naïfs, la chanson aurait moins de prix. On ne saurait être trop minutieux en matière de goût. L'auteur grec nous laisse à supposer quelle détermination suit le dialogue des personnages , et l'indécision où l'on reste sur l'événement prête un agrément de plus à la finesse de la composition.