LE JANISSAIRE
« Manole , heureux mortel , enfant aimé des cieux , « Ta femme est belle et tendre , et tu n'es pas joyeux î — « Tu l'as donc vue , ô janissaire ?
— « Je l'ai vue , approchée ; elle a séduit mes yeux.
— « Et sous quels vêtemens a-t-elle su te plaire?
— « La pourpre sur son front s'entrelace à longs plis. « Sa robe sur son corps semble un tissu de lis. »
Le courroux et le vin trouble à la fois Manole :
Il court vers la belle et l'immole.
Mais , délivré le lendemain
De sa double ivresse cruelle ,
Et plus insensé qu'inhumain , Il cherche sa compagne, et sa voix la rappelle.
« Lève-toi, ma beauté! couronne-toi de fleurs :
« Ceins tes brillans colliers , tes voiles les plus rares :
« Viens montrer tes appas aux jeunes Pallikares;
« Et, me faisant du sort oublier les rigueurs,
« Charmer aussi ma vue, en dansant dans les chœurs, a
NOTICE
Nouvelle occasion de faire apprécier cette brièveté des chansons grecques , par laquelle une vive impression de leurs dialogues et de leurs récits nous est communiquée en si peu de mots! On ne saurait trop insister sur ce point, quand la diffusion des phrases et l'abus des couleurs descriptives de la littérature germanique tendent à gâter la nôtre par la superfétation des détails, et par la surcharge des affectations sentimentales , dont la fausse abondance n'est que stérilité d'imagination et de choses.
VÉVROS