‹ Chants héroïques des montagnards et matelots grecs (volume 2)Chapitre 51 sur 59 · SON CHEVAL · texte numérisé non relu

SON CHEVAL

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Vardar, aux champs que tu fécondes, Vardar, sur le bord de tes ondes, Faible , abattu , languit Vévros.

Son cheval noir lui dit ces mots :

« Lève-toi! revolons, mon maître; « Nos compagnons sont loin peut-être.

— « Ο mon noir, pouvons-nous courir?

κ Ton maître , hélas ! se sent mourir.

« De tes pieds , où l'argent éclate , « Frappe et creuse la terre ingrate :

« En tes dents enlève mon corps , * Et l'ensevelis sur ces bords.

« A mes parens porte mes armes ,

« Pour qu'ils m'honorent de leurs larmes.

« Porte à ma belle mon mouchoir,

« Et qu'elle pleure de le voir.»

NOTICE

Cette chansonnette a de l'analogie avec le chant de Liakos : mais l'une, étant héroïque, est plus fortement tracée; celle de Vévros, d'un intérêt moindre, n'est pour ainsi dire qu'un léger trait de crayon. On reconnaît dans les deux la relation fictive du cavalier et de son cheval qui se parlent et se répondent : leur entretien figure idéalement la communication qui s'établit dans la solitude, entre l'instinct familier des animaux et les sentimens de l'homme. C'est par l'effet du même naturel qu'Esope , Phèdre et La Fontaine nous mirent en commerce d'esprit et d'âme avec toute la nature*

• Hier un long combat, me tenant en éveil , « De mon chef a trompé l'envie.

« Toujours aux premiers rangs ses ordres m'ont jeté i

« Sans doute il veut ma mort , ou ma captivité!

« Dieu, secondant ma force , a protégé ma vie.

« Vingt ou trente ennemis ont cédé sous mes coups;

* Par leur fuite ou leur mort j'ai triomphé de tous. « Enfin sur ces champs du courage , «Quand ne régna plus le soleil ,

« De sentier en sentier, je n'ai, sur mon passage, « Trouvé ni cité , ni village

« Qui m'offrît un repos à ce moment pareil.

« Laisse-moi donc , ma belle , aux douceurs du sommeil.

NOTICE

Le fond de cette chanson n'a pas besoin d'être éclairci : ne suffit-il pas de noter ce que les vers qui lui servent de prologue ont de riant et d'agréable , et d'arrêter notre examen sur un trait caractéristique de la réponse du Pallikare qui soupçonne son chef de vouloir le faire tuer ou prendre aux avant-postes ? Cette sorte d'abus de l'autorité militaire a , dans tous les pays et dans tous les temps, secondé les petites et basses rancunes de la jalousie entre les hommes de guerre. J'ai connu des généraux d'armée qui n'étaient pas moins hypocrites et vindicatifs que des dévots d'église ; et cela sous le masque de francs et bons camarades.

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