Le rellet île la neige éclaire la nuit
16 CHANTS PATFxIOTlULES
• Soudaiu, malgré tout ordre et malgré toute crainte, On vit s'arrêter là cette armée aux abois; 10
Un tison ralluma bientôt la pipe éteinte, Et les feux du bivouac illuminaient les bois. On eût dit une halte au fond d'un cimetière. La neige parcourue était rouge de sang. Ht, lassés des efforts d'une journée entière. lo
Tous les soldats mêlés ne cherchaient plus leur rang. Ils tombaient harassés, au hasard de la place, Devant lej^remier feu, dans le premier ravin ; Et plus d'un s'endormit ce soir-là sur la glace, Que ne réveilla pas le jour du lendemain. 20
0 nuit cruelle ! nuit pleine de funérailles ! Ce n'était pas assez de luttes, de batailles ; Et du fer et du plomb, ce n'était pas assez ! Quand ou était sorti vivant de ces mitrailles, Le froid prenait au cœur et la faim aux entrailles, 25
Et l'on crevait, ainsi qu'un chien, dans les fossés.
Or les Prussiens, voyant ces lueurs dans l'espace,
Comprirent qu'ils pouvaient alors continuer.
Que les chefs étaient las ; cjuc l'armée était lasse ;
Et, comme des chacals reprennent une trace, 30
Ils partirent, llairaut dos blessés à tuer.
La lisière du bois était gardée à peine,
Et le sursaut fut grand, et grandes les clameurs,
0. La fatigue était plus forte que la discipline ou la peur d'être surpris.
21. Funérailles, mot souvent employé eu poésie au lieu de vtort. Corneille' a dit : Le Cid, acte I :
Tout sanglant, au milieu des batailles.
Se faire un beau rempart de mille funérailles.
L'ARKlEJlE-GAKbE 17
Lorsque sur le chemin la colonue prussieuue
Déboucha, tiraillant gainieut sur les dormeurs. ;i:i
« Ah! trahison! » Ce fut le cri de la déroule.
Mais un vieil officier — un Français celui-là —
Rallia les fuyards au milieu de la route,
Fit éteindre les feux sous la neige, et resta.
Alors, sous le ciel noir et sur la terre sombre, 40
La lutte commença, — lutte d'agonisant ! —
Les fusils jetaient seuls leurs éclairs dans celte ombre,
Et les brauches du bois sifflaient en se brisant.
De longs cris dominaient la mêlée incertaine :
« Kœnig und Valerland! « chantaient les Prussiens. Ï6
(( Pour la France! » avait dit notre vieux capitaine.
Et répétant ces mois d'espérance et de haine.
Chacun dans cette nuit reconnaissait les siens.
Au milieu d'un de ces silences pleins d'alarmes,
Comme il en est pendant qu'on recharge les armes iiO
Et que les combattants, par un commun accord,
Suspendant le combat, laissent s^oufller la'Morl.
Un éclair traversa la broussaille voisine ;
Le capitaine mit la main sur sa poitrine :
(' Au cœur! » murinura-t-il, déjà mort à demi, oo
Mais avant de tomber, plantant son sabre en terre :
31. Un Vrai Frafl(;ais, comme le montrent son courage et sa pré-sence d'esprit.
•io. Ces mots allemands signilient : Pour le Roi et la Patrie.
47. De haine. Ici l'expression n'est pas tout à fait juste ; aucun de ces deux cris de guerre ne contient une expression de liaine.
;j2. Comme si la mort était une faucheuse qui parfois s'arrête pour respirer.
« C'est ici, mes enfants, que je veux qu'on m'enterre. « Honte à qui laisserait mon corps à l'ennemi! » Il tomba, vomissant le sang à pleine bouche.
Et, comme si son âme eût passé dans les cœurs, 60
Tous ces hommes saisis d'un courage farouche, Se ruèrent hurlant au milieu des vainqueurs.
iNous avons eu parfois de ces courtes revanches!
Et lorsque le soleil apparut dans les branches, 6.'1
Comme un masque de pourpre à travers des barreaux,
Tout s'était apaisé dans la forêt meurtrie,
La tombe se creusait au sol de la Patrie,
Et les martyrs avaient dispersé les bourreaux,
68. La tombe du capitaiiie creusée dani uti terrain qu'on l'avail pas laissé euvahir
69. Les Français vaincus avaient dispersé lis Prussiefls vainquems.