‹ Chants patriotiquesChapitre 2 sur 67 · A MES AMIS · texte numérisé non relu

A MES AMIS

« Non, mes amis, non, je ne veux rien être ! »

Ainsi chantait notre vieux Béranger.

Humble écolier de cet illustre maître,

J'ai sa devise et n'y veux rien changer.

Et ce n'est pas par égoïsme lâche 5

Que je soustrais mes bras à l'aviron ;

Mille rameurs sont prêts pour cette tâche,

Je ne suis, moi, qu'un sonneur de clairon.

1. C'est le premier vers d'une dianson de Béranger intiliilée : A mes amis devenus ministres.

3. Le poète n'ist point un imitateur de Béranger. Il n'est son disciple (pie parce (pie, comme lui, il entend rester étranger à tout emploi public et n'avoir, ainsi (ju'il le dit un peu plus l)as, d'autre intérêt que la gloire de la iM'ance.

6 et 1. L'aviron... Mille rameurs, suite de la même, comparaison. Ceux (pii jouent un rcMe dans l'administration de l'État sont assimilés à ceux (pii jadis ramaient sur les vaisseaux.

Je veux tout droit suivre la droite ligne,

Penser tout haut et vivre à cœur ouvert; iô

Si je flétris un acte qui m'indigne,

Ou si j'exalte un grand nom qui m'est cher,

Je veux pouvoir répondre à qui peut croire

Que l'intérêt m'entraîne ou me corrompt :

Mon intérêt, c'est la France et sa gloire. 13

Je ne suis, moi, qu'un sonneur de clairon.

Je veux surtout qu'à cette heure funeste

Où le pays doit souffrir sans parler,

Quelqu'un soit là qui souffre et qui protesie

Et dont la haine ait droit de s'exhaler. 29

L'étranger peut épier mon langage.

Mais à l'affront quand j'oppose l'affront.

Ce n'est jamais mon pays que j'engage.

Je ne suis, moi, qu'un sonneur de clairon.

D'ailleurs, ma route est nettement tracée ; T6

Ce que je veux, je sais le bien vouloir, Mais mon esprit ne suit qu'une pensée ; Mon cœur étroit ne porte qu'un espoir.

22. Le poëte répond par des affronts aux affionls qui nous viennent de nos vainqueurs. Il ne croit pas opportun de parler ainsi au nom de la France elle-rnênic; et cependant il serait fAchoux qu'il n'y eût en France personne pour parler avec fierté de nos défaites et de notre avenir, pour sonno- le clairon, ^e\m la parole du poète luimême.

28. Étroit, en ce sens qu'il n'a qu'un seul espoir, celui que la France reprendra la place qu'elle a perdue parmi les nations.

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