‹ Chants patriotiquesChapitre 46 sur 67 · LES FEMMES DE MURCIE · texte numérisé non relu

LES FEMMES DE MURCIE

Pour la seconde fois, Tharick ne tarda euère :

« Maître, ces obstinés ont la folie au front ;

« Ils exigent de nous les honneurs de la guerre.

« Par Malioml dit Téniir, c'est la mort qu'ils auront. » 40

Mais avant d'ordonner ce dernier holocauste, L'émir fit à cheval le tour de leurs remparts; Les Espagnols armés étaifut tous à leur poste Et les lances d'acier brillaient de toutes parts.

Tharick, qui l'escortait, mordant sa barbe grise : 45

« Des vainqueurs comme nous sont assez glorieux

« Pour que, sans amoindrir notre part déjà prise,

« Nous rendions quelque honneur à des vaincus comme eux.

« D'autant que si la lutte est ce que tout l'annonce, « Nous perdrons bien du temps, bien des hommes, ici... 50 « Si j'allais leur porter une bonne réponse? » Abd-el-Aziz, lassé, lui répondit : « Vas-y. »

Une heure après, Murcie ouvrait sa lourde porte.

Le cortège avançait silencieux, hautain ;

Téodomir marchait entête sans escorte, 55

Blessé. — Devant l'émir il s'arrêta soudain.

« Sultan vainqueur, dit-il, vois-tu qui m'accompagne ? « Vois-tu ces longs cheveux ? Vois-tu ces faibles mains ? « Les femmes de Murcie ont défendu l'Espagne, « Donnant aux hommes morts ces vengeurs surhumains.» 60

41. Holocauste, proprement, sacrifice d'une victime brûlée sur un autel, ici synonyme de massacre.

— Les cœurs de vrais soldats aiment les grandes âmes. Abd-el-Aziz, frappé de respect, s'incHua : « Ma coutume n'est pas de dépouiller les femmes, « La "sllle de Murcie est à vous, gardez-la. «

C'est ainsi que vers l'an sept cent dix du Messie,

Abd-el-Aziz, le sage et glorieux émir,

Octroyait un royaume aux femmes de Murcie,

Et les femmes prenaient pour roi Téodomir. .

Page 1