Paterne: d'un air à la fois bon et protecteur
95. Ce vers est la suite de la phrase qui précède. — Gambade, c'est-à-dire l'entrain et le mouvement du combat.
« — Ça dépend des santés, sergent, je vous assure. « Puis... ça ne vous a pas toujours tant réussi...
(! — Parce que tu me vois au frout une blessure?
« Eh bien, et celle-là, petit, et celle-ci? » 100 ,
Et le petit conscrit ouvrait des yeu.v immenses.
« Tu vois qu'on n"eu meurt pas à tous les coups, mon clier.
» — Non, mais à tous les coups, je vois qu'on a des chances!
« — Ah! ce n'est plus la pèche ù la ligne, c'est clair.
« Mais si nous revenons du feu levant la tête, lOo
' « C'est qu'il faut un certain toupet pour y courir;
« Et l'orgueil qu'on en garde a pour cause secrète,
o Non d'avoir su tuer, mais d'avoir pu mourir.
• Qu'on donne à ça le nom qu'on voudra, peu m'importe!
« Amour de la patrie ou culte du drapeau, 1 10
<> Ce qui rend l'homme fort est chose vraiment forte,
H C'est très joli, la paix!... la guerre, c'eM très beau!
« Aussi, vois-tu, petit, je ris quand j'entends dire :
« La guerre est un fléau! la guerre est une horreur!
« La bataille est l'instinct de brutes en délire... 115
« La brute, c'est le lâche, et l'instinct, c'est la peur!
104. Le sergent veut dire que la guerre n'est évidemment pas une occupation tranquille, inollensive et exempte de danger.
108 et 109. Ces deux derniers vers sont à retenir comme étant la meilleure délinition qu'on puisse donner du courage militaire, de même que le vers 116 marque énergiquemeut le caractère de la lâcheté.
<< La peur qui fait crier la bètc au cœur de riioniuic,
« La peur qui ic fait fuir en troupeaux éperdus,
« Qui, dégradante au fond, est maladroite, en souinie,
« Car reunemi vous vise et vous ne visez plus. 120
« Et puis, petiot, sais-tu ce que c'est que la fuite?
" Ce n'est pas seulement, — ce qui serait assez ! —
" La défaite et son train, la débâcle et sa suite,
<< C'est l'abandon des morts et l'oubli des blessés.
« Oui, ceux que le vainqueur rencontre, il les assiste, 12d
« Mais comment irait-il chercher tous les débris?
« L'appel, tu le sais bien, ne se fait pas sans liste;
« Il faut les vieux sergents pour compter les conscrits.
« Enlin, si malgré tout, tu fléchis sur ton centre,
'( Si tu te sens tourner les talons... pense encor : 130
« La balle dans le dos tue aussi bien qu'au Centre,
« Pour être moins longtemps tapés, tapons plus fort!
« Est-ce compris?
« — Mon Dieu, sergent, v» 1 «»t sans l'ètro.
« Vous dites que la peur est idiote, quoi!
« Qu'une fois qu'on s'y met, eh bien! il faut s'y mettre; 133
« Et qu'on doit devenir un homme, qu'on le doit.
« Pour le reste... parlant, sergent, par révérence,
« Il est des mots qui m'ont échappé dans le tas,
« Pourtant, je me sens mieux, puis j'ai votre assurance
« Que si je suis touché vous ne m'oublierez pas. 140
« Mais... hein?... vous avez dû souffrir?
129. C'est par nne image que le servent applique à un seul homme l'expression flérliir sur son centre, qui se dit d'un corps d'armée.
« — Ça me regarde, « Si j'ai souffert ou non, aucuu n"en a rien su, « Ça reste entre mou cœur, mon sabre et ma cocarde. « C'était pour le Pays, bien donné, bien reçu !
V — Ah ! ce doit être dur pourlnul !
« — Bah ! quelle histoire ! 14b
« De ces duretés4à, j'en redemande encor.
a Le sang ne coûte rien qui nous vaut la victoire !
(( Et puis, ces rubaus-Ià ressuscitent un mort ! »
Et le héros montrait du pouce sa poitrine,
Où son vieux cœur de flamme avait de fiers reflets! \bO
Et le conscrit, avec une rage mutine :
u Ah! sergent, je voudrais être brave!
« — Tu l'es !
u Mais retourne à ton rang, conscrit, ou va se battre. « Tu vaudras quelque chose et tu feras quelqu'un. « Tiens, siffle dans ma gourde un peu de fil-oi-quairc. i'6'6
K' — Pour la France cl pour vous, sergeut !
« — Ça ne fait qu'un ! »
147. Inversion ; le sang fiui nous vaut la victoire ne coûte rien.
IbO. Ima^e un peu forcée peut-être. Les froix qui brillent sur sri poitrine sont comme les reflets du feu qui brûle dans son cœur.
Ib."). Siffler, ])0\n /joire ; fll-cn-quatrei pour eau-de-vie. Ce sont des expressions de soldat.