‹ Chants populaires arméniensChapitre 31 sur 87 · LES PUCES · texte numérisé non relu

LES PUCES

Aïe ! les puces! les terribles puces!

Les puces rouges à la noire cagoule!

La nuit, elles grimpent le long des jambes; Le jour, elles se retirent sur les poutres. Aïe! les puces! les terribles puces !

Les puces rouges à la noire cagoule !

i. Domestique du maire de village qui « crie » ses t'ait exécuter; personnage traditionnellement mépris

ordres et les méprisé.

Les puces sont venues, noires et jaunes,

Elles sont entrées dans tes moustaches, I,

Elles ont mis tes moustaches sens dessus dessous,

Elles t'ont rendu ridicule dans tout le village.

Aïe ! les puces ! les terribles puces !

Les puces muettes qui se faufilent partout!

Les puces sont venues par bandes,

Elles sont venues assaillir ma belle-mère,

Elles l'ont forcée à fuir la maison en pleine nuit,

Sans attendre l'arrivée du jour.

Aïe! les puces! les terribles puces!

Les puces muettes à la noire cagoule !

Les puces sont venues par bandes nombreuses ;

Elles tissent, sans se faire payer, une toile bariolée ;

Elles s'envolent, psst, d'un coin à l'autre,

Elles ne laissent pas tranquilles le marié et la mariée.

Aïe! les puces! les terribles puces!

Les puces rouges qui se faufilent partout!

Les puces sont venues, toutes maigres, toutes petites ; Elles ressemblent aux percepteurs d'impôts. Aïe ! les puces ! les terribles puces ! Les puces rouges à la noire cagoule !

Van.

m CHANTS POPULAIRES ARMÉNIENS

DIALOGUE

Le mari dit à sa femme :

— Allons, vendons le four de notre cour, Achetons avec la recette une paire de vaches. La femme dit à son mari :

— Si tu vends le four de notre cour,

Si avec la recette tu achètes une paire de vaches, De ma main je te trairai du lait, Avec, dessus, un pouce de crème.

— Si de ta main tu me trais du lait, Avec, dessus, un pouce de crème,

Je t'achèterai une jarre à la bouche recourbée, Avec un couvercle grinçant par-dessus.

— Si tu achètes une jarre à la bouche recourbée Avec un couvercle grinçant par-dessus,

Je te ferai du beurre tout plein une outre, Pour que tu te reposes à son ombre.

— Si tu me fais du beurre tout plein une outre, Pour que je me repose à son ombre,

Je t'achèterai du khôl

Avec le pinceau à manche d'argent.

— Si tu m'achètes du khôl

Avec le pinceau à manche d'argent,

Je me peindrai les yeux jusque dans les coins,

Je me tiendrai à la porte devant tout le monde.

— Si tu te peins les yeux jusque dans les coins, Si tu te tiens à la porte devant tout le monde,

Je te rosserai avec un bâton de chêne,

Tu te mettras à crier et à pleurer. |

— Si tu me rosses avec un bâton de chêne, Je me fâcherai, j'irai chez mon père.

— Si tu te fâches, si tu vas chez ton père, Je deviendrai une cigogne ailée,

Je te forcerai à me suivre en claquetant, Je te ramènerai chez nous.

— Si tu deviens une cigogne ailée,

Si tu me forces à te suivre en claquetant,

Je deviendrai un sarment chargé de grappillons,

Je me suspendrai au mur de mon père.

— Si tu deviens un sarment chargé de grappillons, Si tu te suspends au mur de ton père,

Je deviendrai un couteau aigu,

Je te couperai sur le mur même.

— Si tu deviens un couteau aigu,

Si tu viens me couper sur le mur même,

Je deviendrai du vin de grenades,

J'irai me mettre dans des tonneaux.

— Si tu deviens du vin de grenades, Si tu vas te mettre dans des tonneaux, Je deviendrai une tasse peinte de fleurs, J'irai te boire avec délices.

— Si tu deviens une tasse peinte de fleurs, Si tu viens me boire avec délices,

Je deviendrai un fleuve débordé,

Je te ferai éclater le ventre. Van.

LAMENTATION DE LA MERE

SUR SON ENFANT MOïlT AVANT l'aGE l

Je regarde et je pleure, moi, la mère de cet enfant! Je dis : Malheur à moi!

Que deviendrai-je maintenant, misérable que je suis? J'ai vu mort mon fils d'or?

La rose parfumée,

On Ta ravie de mon seiu; mon âme a défailli!

Ma belle colombe d'or,

On Ta fait envoler de mes bras ; mon cœur est brisé !

i. Les chants funèbres sont chantés par les parentes et les amies du mort, et par des chanteurs populaires. La veille du jour où l'on doit porter le corps à l'église, les parents, les voisins et les amis du mort se réunissent dans la maison, apportant chacun une lampe à trois ou à sept mèches qu'ils rangent, tout allumées^ autour du cercueil, et ils se mettent à psalmodier à tour de rôle des chants funèbres, la mère, l'épouse, la sœur pour pleurer leui bien-aimé, les parentes et les amies pour consoler ceux qui sont en deuil ou pour faire l'éloge du mort. Aux Jours des Morts, (il y en a cinq par an, le lendemain des fêtes de Noël, de Pâques, de l'Assomption, de la Transfiguration et de l'Invention de la Croix), les familles invitent un poète populaire à chanter au cimetière, sur le tombeau, l'éloge de leur mort le plus récent.

Ma gentille tourterelle doucement roucoulante, Le faucon de la mort l'a frappée, et m'a blessée; Ma petite alouette à la voix suave, On Ta prise et emportée au ciel.

Mon grenadier verdoyant, tout couvert de fleurs, La grêle l'a détruit sous mes yeux!

La pomme rougie sur mon arbre, Le fruit parfumé parmi mes feuilles !

Mon bel amandier tout fleuri,

On l'a secoué et Ton m'a laissé sans fruit;

On l'a saisi et jeté par terre,

Et Ton a piétiné la terre où il gît.

Oh! que deviendrai-je, misérable que je suis! Des tristesses nombreuses m'ont envahie; Reçois du moins, mon Dieu, l'âme de mon enfant, Et fais qu'elle repose dans le ciel lumineux.

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