‹ Chants populaires arméniensChapitre 53 sur 87 · LÉGENDE · texte numérisé non relu

LÉGENDE

Narékatsi portait un pain;

Les laboureurs l'envoyèrent chercher de l'eau,

Ils mangèrent le pain,

Ilsmirentàsaplace,dansla serviette, de la bouse séchée :

Ils voulaient éprouver Narékatsi.

Narékatsi revint, appela les laboureurs :

« Venez manger avec moi. »

Les laboureurs lui dirent : « Toi, commence à m; nger,

i. Grigor Narékatsi, ou Grégoire de Narek, le plus grand des mystiques arméniens, a vécu vers la fin du xe siècle, au couvent de Narek, à Van. Il a laissé un commentaire du Cantique des Cantiques, des poèmes religieux, une Louange de la Sainte- Vierge et le Livre des Lamentations, une suite de prières qui est an chefd'œuvre de sensibilité suraiguë et de lyrisme puissant; ce recueil de prières est considéré par le peuple arménien comme un livre sacré, dont certaines pages peuvent guérir des maladies, chasser les démons, éloigner les serpents et les fauves. L'imagination populaire a auréolé la figure de Narékatsi d'une série de miracles qu'il aurait accomplis et dont quelques-uns sont rapportés dans ce chant.

Nous reviendrons à l'instant. »

Narékatsi ouvrit la serviette

Et la vit remplie de bouse séchée ;

Il se mit à genoux par terre,

Fit le signe de la croix sur la'serviette ;

Les laboureurs, au retour,

Virent la bouse changée en pain,

Ils en furent fort émerveillés.

Narékatsi se rendit au défilé de Gharzid,

Il vit que le berger était mort,

Et les brebis restaient abandonnées.

Il y exerça sept ans la fonction de berger,

Il reçut son salaire et entretint des orphelins, —

Narékatsi, protecteur des orphelins !

Il faisait paître ensemble les agneaux et les loups.

Ceux qui le voyaient en étaient tout émerveillés.

Narékatsi s'en alla au pays de Moush, Il entra chez quelqu'un comme domestique. C'était un débiteur sans ressources; Il battit le blé dans son aire.

Ses créanciers vinrent en bande et s'y rassemblèrent; Il quitta l'aire, rentra chez lui et se mit à pleurer. Narékatsi dit aux créanciers :

— Voulez-vous prendre du blé à la place de votre argent ? Ils dirent: Si tu nous donnes du blé, nous serons très contents.

Narékatsi se mit à genoux par terre,

Fit le signe de la croix sur le tas de blé,

Il donna du blé à la place de l'argent,

Les créanciers furent satisfaits et partirent.

Narékatsi appela son maître:

— Maître, où est le puits ? nous allons y entasser le blé.

Le maître dit : « Va-t-en ! es-tu donc venu verser de la

moutarde sur mon cœur ? »

Narékatsi dit: «Viens donc voir, ils sont tous partis

satisfaits. »

La femme sortit et vit que le tas était le même qu'avant. Elle cria à son homme: « Viens, portons le blé che/,

nous. »

Il vint et ils portèrent le blé, Ils en comblèrent le puits, Et ils emplirent la maison de grain.

Narékatsi, libérateur des débiteurs !

Narékatsi a étonné le monde entier.

Il quitta cette maison, il vint en un village,

Il vit un nouveau marié mort sur son siège ;

Le père, la mère pleuraient leur agneau;

Narékatsi se mit à genoux par terre,

Il fit une prière au créateur :

Le marié ressuscita sur son siège,

Le père, la mère en furent réjouis.

Narékatsi quitta ce village et rentra à Narek, —

Narékatsi, ressusciteur des morts !

Les vartabeds de Sis apprirent ces choses et en furent

étonnés, Ils invitèrent Narékatsi et voulurent l'éprouver. Ils remplirent d'eau un petit panier, Ils l'envoyèrent en cadeau à Narékatsi.

Narékatsi égorgea deux pigeons, Il appela les vartabeds :

— Venez manger avec moi.

— Mais, que fais-tu donc ? .

— J'avais oublié qu'il est aujourd'hui vendredi. Donnez donc à ces pigeons l'ordre de s'en aller.

— Nous n'avons pas cette puissance.

C'est toiKjui les as égorgés, donne-leur toi-même l'ordre

de s'en aller.

Narékatsi se mit à genoux par terre, Fit le signe de la croix sur les pigeons; Ils prirent le vol et s'en allèrent ; Les vartabeds le virent et furent émerveillés.

Narékatsi remplit d'eau le panier,

Mit du feu sur l'eau,

Mit du coton sur le feu ;

Il dit : — Prenez cela et portez-le, comme cadeau, à votre

supérieur.

Ils le prirent et s'en allèrent; Le supérieur s'aperçut Que l'eau n'avait pas éteint le feu,

Et que le feu n'avait pas brûlé le coton.

Il en fut grandement émerveillé.

— Saint Narékatsi, faiseur de miracles!

Mogk.

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