CHANT DU JEUNE MARIE QUI EMIGRE
Douce bien-aimée, je te salue enjpleurant, Je m'en vais loin de notre ville !
Viens, que je t'embrasse les yeux et les sourcils, Pour que, quand je serai loin, je souffre un peu moins de nostalgie.
Je resterai privé de ta face
Et de ton sein façonné par Dieu.
Tu t'es épanouie comme une rose,
Moi, je pleure devant toi comme un rossignol.
Que je cesse d'être un homme si jamais j'aime une autre,
Ou si j'oublie ton amour,
Ou si je laisse sortir de mon cœur et si je renie
Ton doux petit baiser.
CHANTS D'EMIGRE 183
Quand même je mangerais amandes et bonbons, Sans toi ma vie est amère ; Je n'ai que vingt ans, mais j'ai déjà entassé Mille ans de douleur.
Que me vaut de vivre longtemps
Si je dois vivre privé de toi ?
Nous devrions vivre ensemble, ma petite âme,
Et que le monde fût notre lit !
Nous devrions vivre ensemble, mes yeux!
Et que les montagnes fussent notre auberge! Dis cela, ma petite âme, dis cela, Et que je mange tes yeux avec tes sourcils.