CHANTS DE LA FETE DE « VIDJAK
La fête de « Vidjak » (Sort) est une des principales fêtes arméniennes, et l'une de celles qui semblent des restes de Tère païenne. Elle commence la veille du jeudi de l'Ascension et dure jusqu'au dimanche de la Pentecôte. La veille de l'Ascension, les jeunes filles du village se rassemblent et choisissent un groupe d'entre elles pour organiser la fête; les membres de ce comité prennent une cruche en terre cuite, l'emplissent d'eau qu'elles puisent à sept fontaines ou à sept puits, bouchent l'ouverture avec des fleurs cueillies en sept champs, puis chaque jeune fille y jette un objet (bracelet, bague, bouton, grain de chapelet, etc.,) chacune faisant dans l'esprit un souhait de bonheur pour son
i. Les petits répètent ce couplet jusqu'à ce que la maîtresse de la maison leur donne des fruits ou des gâteaux.
frère, son père ou son amoureux; elles doivent fermer les yeux en jetant l'objet dans la cruche, et méditer leur souhait avec un profond recueillement. La nuit du mercredi au jeudi, elles cachent la cruche au coin d'un jardin, en plein air, pour l'exposer à l'influence des étoiles, et elles veillent à ce qu'elle ne soit pas enlevée par les garçons qui, toute la nuit, rôdent par là et tâchent de la découvrir pour l'emporter. Si les jeunes gens parviennent à l'enlever, ils ne la rendent aux jeunes filles qu'en échange d'une grande quantité d'œufs et d'huile d'olive qu'elles doivent leur offrir; si, au contraire, les garçons ne réussissent pas à s'emparer de la cruche, les jeunes filles chantent des chants où les jeunes gens sont raillés.
Le dimanche qui suit le jour de T-Ascension, les jeunes filles apportent la cruche à l'endroit où la fête doit avoir lieu, et là, en dansant et en chantant, elles enfoncent dans la cruche un bâton, qu'elles enveloppent d'étoffes de toutes couleurs, pour lui donner une apparence de petite poupée ; elles l'habillent de vêtements de couleurs vives, la parent de pièces d'or, de verroteries, de rubans diaprés: elle devient la Vldjak, la petite vierge symbolique qui représente le sort. Les jeunes gens s'efforcent encore à enlever la Vidjak, autour de laquelle les jeunes filles montent la garde avec une extrême vigilance.
Le dimanche de la Pentecôte, les jeunes filles se rassemblent une dernière fois, mettent la cruche au milieu, chargent l'une d'entre elles de garder la « Vidjak » entre ses bras, après l'avoir toutes embrassée; puis une jeune fille, élue pour être la « mariée » de la fête de « Vidjak», et parée comme une mariée, tire de la cruche un objet, au moment où une vieille femme chante un
couplet. Les couplets contiennent des présages heureux m malheureux, de bons souhaits ou de** railleries. Les lunes filles se réjouissent ou s'attristent selon qu'un •uplet bon ou mauvais correspond à l'objet qu'elles >nt jeté dans la cruche en pensant à leur aimé.
(Ces détails sont tirés d'une notice du Saz de Van, le Chérentz ; ils décrivent la fête de Vidjak telle qu'elle a lieu spécialement dans les villages de la province de Vaspourakan; dans d'autres parties de l'Arménie, la fête de Vidjak commence la veille de l'Ascension et se termine le jour de la fête.)