LA VOIX DU TOMBEAU
Nous avions bu tout le samedi, le dimanche tout le jour, — et le lundi matin tout notre vin était fini. — Le capitaine m'envoya pour en chercher. — Étranger et sans information, je ne savais pas le chemin : — je prends (la première) route, des routes détournées, des sentiers écartés; — et ces sentiers me ménent à une haute colline , — couverte de tombeaux, tous tombeaux de braves. — Il y en avait un qui était seul, à part des autres. — Je ne le voyais pas ; je marche dessus, (je lui marche) sur la tête. — Et j'entends une voix, comme un tonnerre du monde où sont les morts. — « Qu’as-tu donc, ὁ tombeau, que tu mugis, que tu gémis si fort ? — La terre t’oppresse -t-elle, ou la noire pierre plate ? »—« La terre ne m’oppresse point, ni la noire pierre plate. — Ce qui est pour moi un chagrin et un affrent, (ce qui est pour moi) une grande peine, — c'est que tu m'as traité avec mépris, que tu m'as marché sur la tête. — N'ai-je donc pas été aussi un jeune homme , un brave? — N’ai-je donc pas aussi moi
cheminé de nuit, au clair de Ïa lune?»