PRÉLIMINAIRE
J "AI pensé qu'un recueil de chants populaires de la Grece moderne, même sans être accompagné de tous les éclaircissements qu’il pourrait exiger, fournirait quelques données nouvelles pour apprécier avec plus d’exactitude et de justice qu'on ne le fait communément , les mœurs, le caractère et le génie des Grecs de nos jours. C'est là le principal motif qui ma déterminé à présenter celui-ci au public.
Voilà plus de quatre siècles que les érudits de l'Europe ne parlent de la Grèce que pour déplorer l perte de son ancienne civilisation , ne la parcourent que pour y chercher les débris, je dirais presque la poussière de ses villes et de ses temples, décidés d'avance à s’extasier sur les vestiges les plus douteux de ce qu’elle fut il y a deux ou trois mille ans. Quant aux sept ou huit millions d'hommes, restes certains,
νι] DISCOURS ᾿
restes vivants de l’ancien peuple de cette terre idolâtrée , il en est bien autrement. Les érudits n’en ont point tenu compte , ou s'ils en ont parlé, ce n’a guère été qu'en passant, et pour les signaler comme une race abjecte, déchue au point de ne mériter que le mépris ou la pitié des hommes cultivés. On serait tenté, à prendre au sérieux les témoignages de la plupart de ces érudits, de regarder les Grecs modernes comme un accident disparate et profane jeté mal-à-propos au milieu des ruines sacrées de la vieille Grèce, pour en gâter le spectacle et l'effet aux doctes adorateurs qui les visitent de temps à autre.
En s'arrêtant si légèrement à une opinion si pedantesque, les savants de l’Europe n'ont pas seulement commis une injustice envers la Grèce moderne. Ils ont fait quelque chose de plus contraire à leur prétention favorite : ils ont renoncé à des moyens de mieux connaître la Grèce antique, de mieux découvrir ce qu'il y a de privilégié, de propre et d'ineffaçable dans le caractère et le génie des enfants de cette heureuse terre.
Dans plus d’un usage et plus d’un trait des mœurs actuelles , ils auraient aisément reconnu des vestiges curieux des usages et des mœurs antiques , et se seraient fait ainsi une plus haute idée de l'énergie et de la ténacité de ces derniers.
Ils auraient pu se rendre une raison plus générale et plus profonde de ce goût passionné pour la liberté, de cette activité sociale, de cette industrie et de cet esprit d'entreprise qu’ils admirent chez les anciens
PRÉLIMINAIRE. iX Grecs , en observant que, même sous le joug des Turks , les Grecs de nos jours, plus malheureux qu'avilis , n'ont jamais complétement perdu ni les privilêges, ni le sentiment de l'indépendance; qu’ils ont ! su maintenir leur nationalite distincte de celle de leurs conquérants, et conserver , sous un gouverne- ‘ ment oppressif et spoliateur , une aptitude admirable | pour la navigation et pour le commerce.
Plus ces érudits avaient d'enthousiasme pour la langue morte d’Homère et de Pindare, plus ils auraient trouvé d'avantage à étudier le grec moderne qui, rejeton vivant de cette langue, en garde bien des traits qui n'ont point passé dans les livres anciens.
Il est permis et il n’est que trop facile de voir et de déplorer l'ignorance et le peu de culture de la masse actuelle de la population de la Grèce. Mais il y a aussi des Grecs d'élite, des hommes pleins de talent et de zèle répandus dans l’Europe entière pour en étudier les arts et les doctrines, et pour y recueillir des lumières qu’ils portent, comme untribut d'amour, à leur malheureuse patrie, dans l'espoir de concourir par là à sa restauration morale et politique. Peutétre, en connaïssant de tels hommes, les savants auraient-ils pensé que la Grèce pourrait ajouter aujourd'hui plus d’un exemple à celui de Pythagore, Yoyageant jadis en quête du savoir de l'Inde et de l'Égypte.
Enfin, quant à la littérature en général , et plus particulièrement quant à la poésie , en se résignant
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à ne pas trouver maintenant chez les Grecs l’ancien génie poétique du paganisme , génie qui n’a plus rien à leur dire, et qu'ils ne pourraient plus entendre, on aurait appris qu'ils ont aussi leurs titres de gloire et leur degré de culture. C’est là le point sur lequel je me propose de suppléer le moins mal que je pourrai au silence des écrivains et des voyageurs.
Comme toutes ou presque toutes les autres nations européennes , les Grecs modernes ont deux sortes, on pourrait dire deux degrés de poésie ; l’une de tout point originale et spontanée, populaire dans sa substance et dans ses formes, traditionnelle et non écrite; l’autre écrite, où l'étude et l’art, limitation et le savoir ont eu plus ou moins de part, et une part plus ou moins henreuse, selon les temps, les lieux et les individus.
Cette dernière, née à peu près vers la même époque que les littératures modernes de l’Europe, fut d’abord, comme celles - ci, l'organe des plus nobles idées et des sentiments les plus délicats du moyen âge; et si elle n'a pu prendre ensuite le même essor et les mêmes développements qu’elles, elle ne s’en est du moins jamais totalement séparée, et .n’a pas laissé : de parvenir de son côté à un degré remarquable d’élégance et de maturité. C’est cette portion de la poésie grecque vulgaire qui en est, sinon la plus intéressante, du moins la plus considérable et la plus variée, qui en comprend les monuments les plus curieux et les plus anciens, de même que les compositions les plus ingénieuses et les plus correctes. Mais ce n’est point
PRÉLIMINAIRE. χ] celle que je me suis proposé de faire connaître : une pareille tâche excederait de beaucoup les limites que je me suis prescrites. C’est uniquement de la partie populaire et traditionelle de cette poésie que je voudrais donner une idée un peu détaillée. Seulement, comme l’une et l’autre, bien que très-distinctes, ont néanmoins entre elles des rapports et des points de contact, je donnerai sur l’origine et les commencements de la première des notions très-sommaires, dont je pourrai tirer par la suite quelques éclaircissemens pour l’histoire de la seconde.
Afin d'avoir l'époque où a commencé ou pu commencer pour les Grecs une culture littéraire diffé-
rente de l'antique, il faudrait savoir en quel temps leur
idiome actuel s’est détaché de l’ancienne langue, pour en devenir comme un nouveau dialecte. Mais cette révolution s’est faite sans être observée ; et tout ce que l’on peut en dire de plus vraisemblable, c’est qu'elle ne s’est point opérée tout d’un coup, mais lentement , par degrés, et de manière à n'être manifeste que bien long-temps après son commencement reel.
Avant d’avoir des ouvrages écrits en leur langue actuelle, les Grecs en eurent où leur langue ancienne avait subi des modifications remarquables, par lesquelles elle tendait déja aux formes plus simples, et à l'allure moins hardie, mais plus aisée de l’idiome
ne
al DISCOURS
moderne. Les ouvrages destinés à l'instruction religieuse du peuple, les hymnes sacrés, les homélies, les vies des saints et des martyrs furent, en grande partie, de ce nombre. On y peut comprendre aussi des écrits profanes composés pour l’'amusement des oisifs, et surtout ces romans érotiques du bas empire, dont plusieurs sont venus jusqu'à nous, et parmi lesquels le respectable et docte Coray a particulièrement désigné ceux d’Héliodore, de Xénophon d’Éphèse et de Chariton, comme entremélés déja de locutions propres au grec moderne. Il y a lieu de présumer que celui-ci existait dès-lors comme un dialecte à part, détaché du grec ancien.
L’habitude d’entremêler les deux dialectes, peu importe que ce fût à dessein et par mauvais goût, ou par pure ignorance, était un grand pas vers la tentative d'écrire séparément, et par conséquent de polir et de fixer celui du peuple. Ce n'est toutefois que vers la fin du onzième siècle que l’on trouve des do-
cuments et des témoignages qui attestent qu'alors,
au moins, on avait commencé à faire usage du grec vulgaire dans des ouvrages en prose, probablement destinés à l'instruction du peuple. On cite une chronique universelle de Siméon Séthos, écrite en grec vulgaire, de 1070 à 1080.
Vers la même époque, une autre innovation se faisait, ou s'était faite dans la littérature grecque. L'ancien système de versification, sans cesser d'être connu et même suivi. de ceux qui prélendaient au titre de lettrés, avait été abandonné dans l'usage vul-
PRÉLIMINAIRE. xii} gaire. À l'hexamètre on avait substitué ce que l'on appelait le vers politique, vers fondé sur un principe tout autre et beaucoup plus simple. On a des preuves cœærtaines que, dès la fin du ΧΙ’ siècle, et dans le cours du ΧΕΙ’, les vers politiques étaient employés dans presque tous les ouvrages de poésie, dans ceux même écrits en grec ancien. C'est douc un fait général constaté que, dès [απ 1100 au plus tard, deux des principales conditions indispensables pour qu’une poésie nouvelle, plus ou moins populaire, pût naître etse développer dans la Grèce, se trouvaient remplies:
l'idiome vulgaire était fixé et assoupli par un com- ,
mencement de culture, et un mètre approprié à :
l'oreille du peuple était déja en vogue.
Les deux plus anciennes compositions en cet idiome et dans ce mètre, qui me soient connues, sont toutes deux de Théodore Prodromos, plus connu par le surnom de Phtochoprodromos, moine de Constantinople, qui vivait dans la première moitié du XII° siècle. L'une est une espèce de satyre contre le supérieur de son monastère : l’autre est une épître adressée à l'empereur Manuel de Comnène {vers 1150), dans laquelle il se lamente platement du peu de fruit qui lui revient d’être savant, et d’avoir consumé sa jeunesse dans les études. Il n’y a point d'apparence que ces vers vulgaires fussent les premiers que l’on eût écrits à Constantinople; il est infiniment plus probable que Prodromos ne fit, en les composant, que suivre des exemples déja donnés. Mais des vers dans le goût des siens n'étaient pas de la poésie, ne pouvaient
XIV DISCOURS
être d'aucun intérêt pour le peuple, Il fallait, pour toucher celui-ci et mettre son imagination en mouvement, des compositions dont l'argument fût en harmonie avec les idées et les mœurs générales de l’époque.
Constantinople était alors pour lorient de l’Europe le foyer d’une civilisation infiniment supérieure à celle de l’occident , si l’on en excepte la partie occupée par les Arabes. Il semblerait donc que, dans les communications des deux pays, c’eût été le premier qui aurait dû, en tout genre, exercer de l'influence et prendre de lascendant sur le second. Mais il n’en fut pas ainsi ; et des deux moitiés de l'Europe, ce fut la moins cultivée qüi donna passagèrement à l’autre ses lois, ses opinions et sa littérature.
Déja dès l’époque de la première croisade, quelques-uns des principes de la féodalité et des usages qui en étaient la conséquence, avaient pénétré à la cour de Constantinople. L'empereur Alexis se fit, comme on sait, rendre par les chefs des croisés le genre d'hommage dù par le vassal au suzerain; et l’acception féodale que le mot komme avait déja dans tous les idiomes de l'occident passa dans le mot correspondant du grec. Dans la seconde moitié du X11° siècle, Manuel de Comnène, qui méprisait les Grecs de Constantinople à cause de leur mollesse et de leur peu de courage, attirait de toutes les parties occidentales de l'Europe des guerriers aventureux, qui apportaient à Constantinople, en même temps que la bravoure, les mœurs, les idées et les croyances de
PRÉLIMINAIRE. XV la chevalerie. Ce fut bien pis quand les Vénitiens. et les Français, après avoir pris Constantinople et conquis la Morée, eurent partagé entre eux ce qui restait de l’empire d'Orient. Les institutions de la féodalité se répandirent alors de vive force dans la Grèce entière, sans en excepter celles qui répugnaient le plus aux mœurs efféminées ou aux lumières des habitants. Les emplois et les titres devinrent héréditaires : le duel judiciaire, les épreuves par le feu furent substituées à la décision des tribunaux, dans les cas où ileût importé le plus que la justice fût clairvoyante et certaine.
Lorsqu’après soixante - trois ans de domination étrangère, les Grecs eurent recouvre le gouvernement de leur pays, tout ce que la feodalité y avait introduit d'absurde et d’anti-social fut aboli. Mais, dans les choses qui ne tenaient point au gouvernement, les mœurs et les usages chevaleresques de l'Europe contmuèrent à donner le ton aux mœurs et aux usages des classes supérieures à Constantinople. Ainsi, par exemple, les joûtes et les tournois dont les Grecs avaient été exclus par les Franks au XIIIe siècle, sintroduisirent parmi eux au XIV°, et devinrent une des pompes de la cour.
Âvec ces mœurs et ces usages, les idées de galan-
terie qui en étaient l’ame, et les fables héroïques qui -
en étaient la peinture idéale, passèrent à Constantinople. Les prétentions avouées des plus illustres familles de l'empire de descendre des plus fameux paladins de France supposent la connaissance, et même
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quelque chose de plus que la simple connaissance de ceux de nos vieux romaus où Charlemagne figure avec ses preux. Elles font voir que ces romans étaient pris au sérieux par les Grecs instruits, tout comme par les ignorants de l'occident. Les historiens byzantins du XIV° siècle, qui nous ont fait connaître ces prétentions généalogiques, les rapportent eux - mêmes sans concevoir le moindre doute sur leur vérité ou sur leur vraisemblance : ils parlent de Roland et d'Olivier aussi sérieusement et avec autant de foi que nous pourrions parler de Duguesclin et de Bayard.
De la prise étrange que ces fables chevaleresques avaient sur la croyance et sur la vanité des grands, on est autorisé à conclure qu’elles avaient un certain degré de vogus et de popularité. Personne ne se serait donné la peine de mentir pour se faire descendre de héros qui n'eussent été connus et admirés que de lui. Cela etant, les fables dont il s’agit ne pouvaient manquer d’avoir quelque influence sur les productions grecques composées pour l’amusement du peuple ou des oisifs; et sur ce point, le fait est d’accord avec la vraisemblance.
Entre les ouvrages antérieurs au ΧΙ et au ΧΙ: siècles, et qui, bien qu'écrits en grec littéral, pouvaient, à raison de l'argument et de la familiarité de l'exécution, passer jusqu’à un certain point pour des ouvrages populaires. les principaux étaient des romans érotiques, à limitation de ceux d'Héliodore, d'Achille Tatius, etc. Ce fut encore des compositions du même genre que l'on vit paraître en Grèce, aux
PRÉLIMINAIRE. χν!] époques qui suivirent la domination des Franks. Mais les romans de ces dernières époques ne ressemblèrent plus aux anciens. Outre qu’ils eurent un caractère plus décidé de popularite, qu'ils furent écrits en vers et dans l’idiome vulgaire, ils offrirent des traces manifestes de l'influence de l'esprit romanesque de l’Occident : ils ne roulèrent plus que sur des aventures de bravoure ou d'amour de chevaliers imaginaires, ou de héros historiques travestis en chevaliers. .
De ces romans en grec moderne, plusieurs ont été imprimés plus d'une fois, et sont plus ou moins connus en Grèce. Quelques-uns, n'ayant eu qu’une seule édition, figurent comme des raretés dans les collections des bibliomanes. La plupart, encore inédits, sont enfouis dans les grandes bibliothèques de l’Europe, d'où personne ne songe à les tirer. Il serait trop long et superflu, pour mon objet principal, de parler de tous : je ne puis guère que nommer les plus curieux.
Un des plus anciens et des plus remarquables, tant pour l'élégance de la diction que pour le raffinement des sentiments et des idées, est celui des Æ/mours merveilleuses de Lybistros, chevalier latin, et de Rhodamnè, princesse d’Arménie. Crusius, qui a donné uxe notice de ce roman, en avait vu une copie manuscrite incomplète, qu'il croyait du XIII° siècle. La bibliothèque du roi à Paris en possède une qui n'est que du ΧΥ 5; mais l'ouvrage.est indubitablement plus ancien. Une. Histoire des aventures de Bertrand Le Romain et de la belle Chrysantza, fille du roi d’Antioche, n’est peut-être pas de beauçoup moins
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ancienne que la précédente. Ici le nom du héros suffit pour donner à soupçonner que l’auteur imita quelque roman étranger, où le nom de Bertrand sonnait mieux qu'en grec; et d’autres indices viendraient à l'appui de ce soupçon, s’il importait de le justifier. Je ne sais à quelle époque mettre un roman de Bélisaire, encore aujourd'hui très-connu, où l’on attribue au vainqueur des Goths des exploits de César, et entre autres la conquête de la Grande-Bretagne, non plus que deux autres histoires plus étranges encore d’Æ{lexandre-le-Grand, V'une-en vers et l’autre en prose.
Il est fort probable que ce furent les exemples de romanciers étrangers qui portèrent 199 Grecs à travestir en fables grotesques l'histoire de deux de leurs plus grands hommes. Mais ce qui atteste directement et d’une maniere décisive leur goût pour les fictions romanesques de l'Occident, ce sont les traductions pures et simples ‘qu'ils en firent. La Théséide de Boccace, qui, sous des noms antiques, n’est en effet qu'un insipide et plat roman de chevalerie, fut traduit en grec vulgaire dans le XV° siècle. Un roman bien plus ancien, bien plus célèbre, et dont, selon toute apparence, l'original était provençal, le roman de Florès et Blanche-Fleur, après avoir été traduit dans toutes les langues de l’Europe, le fut pareillement en grec, j'ignore en quel temps , maïs dans un temps sans doute où il conservait encore quelque renom. Cette traduction n’a jamais été imprimée, que je sache; mais on a publié celle de la merveilleuse
PRÉLIMINAIRE. ΧΙΧ histoire d’Ibérius ou Impérius, ouvrage dont l'origimal m'est inconnu, mais doit être provençal, comme cœælui du précédent. C'est ce que l'on peut conclure du lieu de la scène, qui est en Provence, et du titre du héros, qui est un roi ou un prince de ce pays. Il ne serait pas étonnant que les Grecs de Constanünople et des îles, ayant eu de tout temps de grandes relations de commerce avec Marseille, eussent connu par cette voie des productions, aujourd’hui perdues, de lancienne littérature provençale. Il est même à présumer que ce fut par cette voie que leur parvinrent la plupart des compositions poétiques du moyen âge dont ils eurent connaissance.
Il me faut maintenant revenir à ceux des romans de galanterie chevaleresque en grec moderne que lon peut regarder comme étant d'invention grecque, afin de ne pas passer sous silence le plus original de tous, le plus célèbre, et le seul qui n'ait rien perdu de son ancienne popularité. On voit que c’est d’Ærotocritos que je veux parler. Ce roman fut composé au XVIe siècle par un Grec de l'ile de Crète, dont le nom ( Vincent Cornaro } semble indiquer une origine vénitienne. L'action qui en fait le sujet se passe à Athènes, et l’époque en est aux premiers temps du christianisme. Hercule ou Hiraklis, empereur des Athéniens, a une fille unique d’une beauté accomplie, nommée ÂAréthuse, et un ministre parfait, nommé Pézostrate. Erotocritos, fils unique de celui-ci, devient éperdument amoureux d’Aréthuse, qui n'est pas moins éprise de lui. Informé de l'audace d'un sujet
XX DISCOURS
qui ose prétendre à la main de sa fille, et de la passion peu royale de celle-ci pour un simple chevalier, Hiraklis exile celui-ci et fait jeter la princesse dans un cachot. Les deux pauvres amants subissent longuement toutes les douleurs de l'absence, et sont exposés, chacun de son côté, aux épreuves les plus dures. Mais à force de persévérance, d’héroisme et de services, Erotocritos parvient à fléchir le roi, et en obtient la main d’Aréthuse.
Tel est le fond de ce roman, où les mœurs de la chevalerie, telles que l’on se les figurait à une époque où il n'en existait plus qu’une tradition peu fidèle, sont agréablement nuancées par des traits de nature et de vérité empruntés des mœurs réelles de la Grèce moderne. Le plan n’en a rien que d’assez commun ; mais il est du moins simple et clair. Le style en est habituellement d’une prolixité fatigante, souvent trèsplat, et relevé ou bigarré de temps à autre par des imitations des poètes classiques de l'ancienne Grèce, de Rome et de l'Italie. Ce singulier ouvrage a néanmoins ses beautés, et même des beautés frappantes, tint dans les détails de l’action que dans la peinture des caractères et des passions. L'amour surtout y est représenté avec je ne sais quel mélange original d’ardeur et de naïveté, d'exaltation et de candéur, où l'on sent l'inspiration particulière du climat de la Grèce, bien plus que celle de la galanterie chevaleresque.
Indépendamment même de ses beautés, ce roman d'Erotocritos figure avec distinction dans l’histoire
PRÉLIMINAIRE. XX) de la poésie grecque vulgaire, comme indice et τό- . sultat d’une révolution qui s'était faite dans cette poësie à l'époque où il parut. La domination des Vénitiens en Morée, en Crète et dans d’autres îles, les communications habituelles de lItalie, en général, avec. l’Archipel, avaient mis les Grecs à portée de connaître la littérature italienne, y compris cee du XVI siècle, et leur avaient inspiré la tentation de | limiter. De là leur vint le goût et l’usage de la rime; ; de là une multitude de termes et de locutions em- | pruntés de l'italien, souvent de la manière la plus gratuite, qui défigurèrent plus qu'ils n’enrichirent le grec de l’Archipel, et notamment celui de Crète, de Rhodes et des îles Ioniennes, Ærotocritos porte des marques aussi nombreuses et variées que saillantes de cette influence de la langue et de la littérature. itahennes sur la langue et la littérature grecques, et l'on en trouve également des traces aux époques subséquentes de celles-ci.
C'est, je crois, aussi à la même influence qu'il faut attribuer les tentatives des poètes grecs modernes en des genres où ils ne s'étaient pas essayés Jusque là. Une idylle d’un goût assez sauvage, intitulée /a Bergère (Boskopoula }, le sacrifice d'Abraham, drame tiré de la Bible et plein de traits du pathétique le plus naïf, une tragédie d'invention et d’une invention trèsromanesque, sous le titre d'Ériphile, presque aussi célèbres que le roman d’Ærotocritos, mériteraient que j'en disse aussi quelques mots, st j'avais entrepris de donner une idée de l’ensemble de la littérature poé-
χχί] | DISCOURS
tique du grec vulgaire : mais je n’en considère que les premiers développements, et n'ai plus que peu de chose à en dire.
Aux époques même où les sujets de galanterie chevaleresque étaient les sujets favoris de cette littérature, c'est-à-dire au XV‘ et au XVI siècle, ils n’en formaient cependant pas le thème exclusif. Il se trouvait toujours quelqu'un qui, frappé des évènements publics, des grandes calamités locales ou nationales, essayait d’en perpétuer la mémoire dans des vers plus ou moins incultes, mais qui tendaient du moins à la véritable destination de la poésie. J'ai lu une longue lamentation poétique sur la prise de Constantinople par les Turks, écrite au moment même de l’évènement. par un Grec plein de bravoure et de patriotisme, qui, à l’effusion vive et familière de sa douleur, a mêlé beaucoup de traits curieux pour l’histoire de cette catastrophe européenne. Il existe une autre lamentation aussi détaillée, et presque aussi curieuse, sur la peste qui désola l’île de Rhodes en 1498; et l'on peut affirmer avec toute vraisemblauce que chaque évènement notable était de même célébré par quelque pièce de poésie. |
Il n'y avait pas jusqu’à l’histoire qui ne se ressentit, au moins dans la forme et dans Îe style, de cette tendance poétique de la nation et de l’époque. On : l'écrivait d'ordinaire en vers, et d’un ton peu différent de celui des romans. Plusieurs de ces monuments historiques, versifiés en grec vulgaire, se conservent inédits dans les bibliothèques, de la poussière des-
PRÉLIMINAIRE. xxiij quelles il est à présumer que les Grecs les tireront un jour. Un des plus curieux que j'aie vus est une narration très -circonstanciée, et, à ce qu'il parait, très-fidèle de Ja bataille de Varna, gagnée en 1444 sur les Hongrois par Amurat à la tête de ses Turks. Cette narration est l'ouvrage d’un Grec, témoin oculaire de la bataille, et qui, frappé de la singularité des incidents qui l'ont rendue fameuse, en a rendu quelques-uns en traits assez vifs. Un autre monument
du même genre, mais plus considérable et à tous .
égards plus important, c'est une histoire de la conquête de la Morée par un corps de croïsés français, en »206, histoire écrite, à ce que l’on peut presumer, presque immédiatement après les évènements qui en font la matière. C’est un ouvrage dans le goût
des Chroniques françaises de la même époque, et ‘
dans lequel toutes les formules du droit féodal, appliqué au régime d’un pays conquis, sont observées avee une exactitude que j'aurais pu citer plus haut, en preuve de ce que j'ai avancé de l'influence de la domination et des idées de l'Occident sur l'esprit des Grecs et sur l’état de la Grèce.
Les monuments dont je viens d'indiquer Fexistence sont tous plus ou moins populaires, en ce sens que tous sont écrits en grec vulgaire, bien qu'avec des prétentions assez diverses; ils le sont aussi et plus encore, en ce qu'ils roulent ou sur des faits réels d'un intérêt plus ou moins national, ou sur des fictions faites alors pour piquer la curiosité et pour captiver l'imagination. Plusieurs circonstances coïincidaient
XXV] DISCOURS ter, et quelquefois pour les comprendre, d'avoir d'avance une idée des choses auxquelles elles ont rapport, et des mœurs dont elles sont à la fois expression et l’un des traits les plus saillants.
À raison de la diversité de leur sujet, toutes les chansons populaires des Grecs pourraient, je crois, être partagées, comme celles de ce recueil, en trois classes principales; je veux dire, en chansons domestiques, en chansons historiques, et en chansons romanesques ou idéales.
Sous la dénomination de chansons domestiques, je comprends celles qui sont composées exprès pour être chantées dans les circonstances les plus solennelles de la vie de famille, à certaines fêtes déterminées , à propos de certains usages de société consacrés par une habitude immémoriale. Elles forment plusieurs sections, que je distinguerai à für et à mesure que cela deviendra nécessaire; et je parlerai d’abord de celles qui sont appropriées à des usages sociaux attachés à certaines époques où à certaines fêtes de l'année. Pour en donner une idée, αἱ suffira de dire ce qui se passe à deux des principales de ces époques ) à la Saint-Basile, et le 1° de mars.
L'église grecque fête la Saint-Basile le 1° de janvier ; et ce jour est en Grèce, comme dans le reste de l’Europe, un jour de visites, de compliments et d’étrennes, avec cette différence que là tout se passe avec plus de solennité, plus d’amabilité, et surtout d’une façon plus poétique qu'ailleurs. Des troupes de jeunes gens se réunissent pour aller dans les maisons de leur con-
PRÉLIMINAIRE. XX VI] naissance faire les compliments et quêter les étrennes d'usage. Or ces compliments et cette quête sont, dans chaque village, dans chaque canton, le sujet d’une série de chansons, qui toutes y sont exclusivement appropriées. Et ce sont ces chansons qui, par une certaine empreinte toute nationale de grace, de bienveillance et d'imagination qu’elles portent toutes plus ou moins, donnent du caractère et de l'intérêt à ἷα fête où elles sont d'usage.
Dans cette série de chansons, il y en α d’abord uae en l'honneur du maître de la maison que visitent les jeunes chanteurs, et qui s'adresse directement à lu. On en chante une seconde pour la dame, et puis successivement autant d'autres qu'il y a dans la fa. mille de personnes à complimenter. S'il s’y trouve un fils en âge de raison, il a sa chanson à part; et ses sœurs, quand il en à, ne sont pas oubliées. Ἡ n'est pas jusqu'aux membres absents de la famille qui n'aient leur part aux souvenirs et aux souhaits poétiques des quêteurs : on chante toujours à leur sujet quelques vers gracieux de condoléance, adressés à ceux de leurs proches qui sont là. Eafin tout ce qui peut intéresser la famille, tout ce qui fournit l'oecasion de lui exprimer des sentiments de bienveillanee et de tendresse, est le thème d’une chanson partieulière,
Il faut ajouter que les jeunes quêteurs grecs du jour de l’an, en entrarit dans ume maison, préludent à leurs chants de compliment par une chanson particulière en l’honneur du saint jour, en l’honneur de saint Basile. Et cette chanson n'est pas la seule de
XXviI] DISCOURS son genre : le peuple grec.en a d'autres sur d’autres saints, et pour d’autres solennités religieuses; elles ont leur côté curieux, et j'y reviendrai ailleurs. II ne s’agit ici que de prendre note de leur existence. — Le 1° de mars est, en Grèce, un.jour aussi poétique que celui de Saint- Basile, et où tout-se passe à peu près de même qu'en plusieurs autres pays le 1°" de mai. Des troupes de jeunes gens et d'enfants se forment pour aller de porte en porte chanter le . (retour du printemps, et quêter de menues étrennes qui consistent ordinairement en œufs, en fromage, ou en tout autre produit des champs. Entre plusieurs chansons destinées à cette fête , il en est une plus curieuse. qui y est plus spécialement adaptée , et dont j'aurai à reparler ailleurs : il suffira d’en dire ict quelques mots. La chanson dont il s'agit, populaire dans la Grèce entière, sous le titre de Chanson de l'hirondelle, est une effusion naïve de lindéfinissable charme, du premier souffle du printemps, dans un beau climat. Les enfants la chantent portant à la main une figure d'hirondelle grossièrement taillée en bois, et ajustée à une espèce de moulinet où elle tourne rapidement à l’aide d’une ficelle qui se roule et se déroule autour d’un petit cylindre à Pun des bouts duquel elle est fixée. | Les autres chansons populaires que je range, comme les précédentes , sous la dénomination de domestiques, sont celles qui la méritent plus particulièrement, étant destinées à célébrer les époques principales, les joies et les douleurs de la vie de fa-
PRÉLIMINAIRE. XXIX mille. Je me bornerai à celles qui sont en usage à l’occasion du départ de quelqu'un pour les pays étrangers, et à la célébration des mariages et des funérailles.
Que les relations de famille aient généralement, chez les Grecs, quelque chose de plus vif, de plus profond, de plus céréemonieux qu'ailleurs, c'est de quoi il me semble que l’on ne peut douter. Quelle en est la cause? Est-ce le naturel? Est-ce la simplicité de l’état social? Serait-ce que l'oppression sous laquelle ils vivent leur fait sentir plus vivement le besoin de se serrer les uns contre les autres? je l’ionore. Mais quant au fait, tous les traits les plus caractéristiques des usages domestiques des Grecs me paraissent en fournir la preuve. Voyons d’abord ce qui se passe communément au départ de quelqu'un pour les pays étrangers.
Le désir de s'instruire, la persécution, le besoin d'amasser, par une industrie quelconque, un petit pécule qu’ils ne trouveraient point à gagner chez eux, obligent souvent les Grecs à s'expatrier pour un temps; et il n'y a guère, pour eux, d'évènement plus pénible que ces expatriations, si passagères qu’elles puissent être. Il doit en effet en coûter plus à un Grec qu'à tout autre Européen de quitter son pays. C’est le pays où le ciel sourit le plus doucement à la terre; c'est le pays des belles montagnes, des belles vallées, desbelles fontaines ; c'est celui où les mèreset les sœurs, les épouses et les maîtresses savent le mieux aimer. Pour un Grec, la terre étrangère est une terre de misère et d’exil, qu'il ne nomme jamais sans y joindre
XXX DISCOURS
une épithète , (ἔρεμα) qui exprime à la fois le regret de ce qu'il y a de plus doux, et la prévoyance ou le sentiment de ce qu'il y a de plus terrible, D'ailleurs, en quittant le lieu natal, en quittant ses proches, il n’ignore pas seulement si le sort lui garde le bonheur de les revoir, il ignore si les Turks le lui permettront; s'ils épargneront le patrimoine, l'honneur et la vie de ceux qu'il laisse en leur pouvoir. Et sa famille n’est pas moins à plaindre que lui : tout ce qu'il ignore, elle l’ignore; tout ce qu'il craint, elle le craint.
Ces observations expliquent suffisamment l'espèce de cérémonial avec lequel les Grecs ont coutume de prendre congé de leur famille, quand ils partent pour les pays étrangers. Au jour fixé pour le départ, les amis et les parents du voyageur se réunissent chez lui, à un repas d'adieu. Le repas terminé, le partant se met en marche, escorte de tous les convives, qui l’accompagnent jusqu’à la distance de quelques milles.
C'est encore la poésie qui est, en cette occasion, l'organe de toutes les émotions qu’elle excite, des τοgrets et des pressentiments de qui s’en va et de qui reste. Τ y a des chansons particulièrement affectées à cette cérémonie domestique, et qui se chantent, les unes durant le repas d'adieu, les autres durant la conduite que font au partant ses amis et ses proches. Il faut voir ces chansons d’expatriation ou de départ, comme on les nomme, pour se faire une idée de lexaltation pathétique dont ils sont pleins, et pour concevoir quel empire ont sur les Grecs l'amour du lieu natal, et les souvenirs de la vie et des soins de
PRÉLIMINAIRE. XXX] famille. Les unes sont anciennes et de temps immémorial communes à la Grèce entière. D’autres sont composées exprès pour un cas donné, tantôt par celui même qui s’absente, tantôt par quelqu'un de ceux qui l’accompagnent. Quelques-unes sont improvisées par la mère, la femme ou les sœurs du partant.
Il ne faudrait pas se figurer que ces chansons ne soient pour les Grecs qu'une pure affaire d'usage, qu'ane simple exagération poétique , sans importance et sans effet. L'ensemble des idées et des mœurs natonales atteste qu'elles sont l’expression sérieuse d'un sentiment naturel plus exalté en Grèce qu'ailleurs. J'aurais plus d’un fait à citer en preuve de cette asserton, et pour mentrer quel pouvoir ont sur l’ame des Grecs ces adieux poétiques et mutuels des proches qui se séparent. J'en rapporterai au moins un où ont figuré, comme acteurs et témoins, des personnes de ma connaissance.
Dans le canton de Zagori, au voisinage du Pinde, vivait une fimille respectable à laquelle appartenaient trois frères, dont le plus jeune, par une exception rare et fâcheuse à l’ordre ordinaire, était pour sa mère un objet d’aversion. Après avoir long-temps supporté avec une douleur muette les injustes rigueurs de sa mère, le pauvre jeune homme fut obligé de partir pour Andrinople. Il y eut, suivant l'usage, un repas d'adieu auquel assista une nombreuse réunion de parents , qui accompagnèrent ensuite le jeune voyageur jusqu’à la distance de quatre à cinq milles. L’endroit où l’on fit halte pour se séparer était un vallon
χχχι] DISCOURS
du Pinde de l'aspect le plus sauvage. On avait déja chanté diverses chansons pathétiques appropriées à la circonstance; chacun était triste et rêveur, lorsqu'un incident inattendu vint mettre le comble à l'émotion commune. Monté sur un quartier de rocher, de manière à dominer le cortége qui l’entourait et le regardait, le jeune voyageur entonne une chanson qu'il avait composée lui-même poûr la circonstance, et dans laquelle il exprimait, de la manière la plus touchante, la douleur de quitter son pays, sa famille, et celle plus grande encore de n'être point aimé de sa mère. Le ton ému du jeune homme, la tendresse de ses plaintes, l'air pathétique sur lequel il les chanta, renforcés encore par la solitude et la mélancolie du lieu, eurent bientôt pénétré tous les cœurs et tiré des larmes de tous les yeux. La mère du jeune homme était là : elle fut d’abord saisie d’un trouble qui allait croissant à chacun des accents d’une lamentation qui s’adressait principalement à elle ; et à peine la chanson fut-elle achevée, qu'elle se jeta sur son fils, le pressa sur son sein, le couvrit de baisers, et lui demanda pardon, en sanglotant, de n'avoir pas été jusque-là une bonne mère pour lui : elle lui promit de l'être à l'avenir, et tint parole.
Les formalités et les cérémonies populaires du mariage, en Grèce, y sont, pour la poésie, un thème non moins caractéristique, non moins solennel et plus varié que celui des voyages aux pays étrangers. Ces cérémonies diffèrent beaucoup, dans leurs menus. déils, d'une province à l’autre; mais, pour l’ensemble
PRÉLIMINAIRE. κχχιι] et pour le fond, elles sont partout à peu près les mêmes, surtout dans les campagnes; et partout aussi elles sont strictement observées. Presque toutes ont, dans leur motif, quelque chose de touchant et de gracieux ; presque toutes sont poétiques par elles-mêmes ; mais les décrire toutes et en détail serait long et n’est pas nécessaire pour mon objet. C'est assez d'indiquer celles auxquelles se rattachent plus directement les chansons dont j'ai à parler, en prévenant le lecteur que c’est surtout ce qui se pratique dans certains districts montueux de l'Épire, et dans le Pinde, que J'ai eu en vue.
C’est ordinairement dans les fêtes publiques, au milieu des divertissements et des danses qui en font partie, qu'un jeune homme choisit la fille à laquelle il veut s'unir; mais c'est aux parents de celle-ci qu'il doit déclarer son choix. Dès qu'il est approuvé, le jeune homme et sa préférée ne peuvent plus se voir, se parler, ni se, trouver ensemble jusqu'au jour’ des fiançailles. 11 y a des endroits où il est permis au jeune homme de déclarer immédiatement ses prétentions et son amour à celle qui en est l’objet. Pour cela, il cherche à la rencontrer dans quelque sentier, en quelque lieu où il puisse lui jeter une pomme, une fleur, ou quelque chose de semblable. C’est là une déclaration d'amour en forme, une demande expresse en mariage. Dans les pays de la Grèce où les jeunes garçons et les jeunes filles se divertissent à part les uns des autres et ne se trouvent jamais ensemble, la demande en ma-