‹ Chants populaires de la Grèce moderneChapitre 3 sur 194 · XXXIV DISCOURS · texte numérisé non relu

XXXIV DISCOURS

riage se fait par des intermédiaires, souvent sans que le jeune homme ait vu celle qui doit être sa femme. Mais alors Îles choses s'arrangent pour qu'il la rencontre une fois chez une parente, à la fontaine ou dans quelque fête; et c’est là l'unique entrevue permise aux deux futurs époux jusqu'aux fiançailles.

Elles se font très-simplement. La soirée d’un jour convenu, les parents des deux futurs se réunissent, avec un prêtre, soit chez le père du jeune homme, soit chez celui de la fille. On dresse le contrat civil du mariage , après quoi deux jeunes filles introduisent la future épouse voilée , et la présentent à son futur, qui la prend et la conduit par la main devant le prêtre. Celui-ci bénit le jeune couple, après qu’ils ontéchangé leurs anneaux. Cela fait, la fiancée se retire, et les parents restent ensemble à se réjouir et à boire à la santé des futurs époux. L’intervalle des fiançailles au mariage peut n'être que de peu d'heures , et aussi de plusieurs mois, ou même de plusieurs années. Mais quelque long qu'il soit, les fiancés ne doivent ni se voir ni se rencontrer,

Trois ou quatre jours avant celui pris pour le mariage, le père et la mère de chaque fiancé envoient respectivement à leurs parents et à leurs amis, par un jeune garçon, une lettre d'invitation à la noce, accompagnée du présent d’une bouteille de vin. Parents ou non, tous les conviés qui acceptent l'invitation le déclarent par un présent qu’ils envoient aux fiancés dès la veille de la noce. Ce présent e@ à l’arbitre de

PRÉLIMINAIRE. ΧΧΧΥ qui le fait : le plus souvent c’est un bélier ou un agneau vivants, parés de rubans et de grelots, ou simplement un quartier d'agneau ou de mouton destiné à faire partie de la chère du banquet nuptial.

La veille de la noce, durant la nuit, les conviés se rendent , les uns chez le père de la fiancée, les autres chez celui du fiancé; et l'on s'apprête, dès-lors, de chaque côté, à la grande cérémonie. Un jeune homme, garçon pour Fordipaire, et qui doit exercer, dans la cérémonie du jour, les fonctions de paranymphe, y prélude én faisant la barbe au futur. Cette opération se fait avec bpaucoup de sérieux et d'appareil, en présence des jeunes filles conviées. Dans le même temps, les compagnes de la fiancée, réunies chez elle, l’aident à faire sa toilette de noce, la vêtissent de blanc, et lui couvrent le visage d'un long voile blanc aussi, et de l'étoffe la plus fine.

Ces apprêts terminés de part et d'autre, et avant que le jour ait point, le futur époux, escorté de sa famille et de ses amis, sort pour aller chercher sa fiancée, qui lui est amenée par les compagnes qui viennent de l’assister dans 58 toilette. La fiancée fait alors de tendres adieux à son père, à sa mère, à ses proches, à ses amies, à tout son voisinage, et aux heux où se sont passés les jours de son enfance. Ces adieux sont accompagnés de larmes sincères, bien naturelles en pareil cas; mais, en certains endroits, la douleur de ἷα fiancée s'exprime par une formule d'usage, qui est devenue proverbiale, pour caracte-

XXXV] DISCOURS riser un chagrin de bienséance , à propos d’une chose que l’on désire au fond du cœur (1).

Ses adieux terminés , la fiancée, au milieu du cortége qui est venu la chercher, s'achemine vers la demeure de son futur époux, ayant à l’un de ses côtés une de ses parentes, et de l’autre le paranymphe, ou frère de noce qui lui a été choisi. De la maison du futur on va à l’église recevoir la bénédiction nuptiale. Cette partie religieuse de la cérémonie a ses formalités accessoires, plus ou moins significatives, que j'omets pour abréger. De retour à la maison de l'époux, et après quelques autres menues cérémonies, le cortége se met à table, à l'exception de la nouvelle mariée qui reste debout et toujours voilée. Mais, vers le milieu du banquet, le paranymphe s'approche d'elle, dénoue le voile qui la cachait, et, pour la première fois, en ce moment, tous les assistants la voient à visage découvert.

Le lendemain commencent les danses particulières affectées aux réjouissances nuptiales. Le troisième jour, les parentes et les amies de la mariée vont la prendre chez elle, en grande pompe, pour la conduire à la fontaine du lieu. En y arrivant, elle remplit d'eau un vase neuf qu'elle a apporté à cet effet, et jette dans la fontaine differentes provisions mélées avec des

(1) Dans ce dernier cas, le paranymphe dit au cortége venu pour chercher la fiancée : « Laissez-la donc, puisqu'elle pleure. » Alors celle-ci répond : « Emmenez-moi d'ici, et laissez-moi pleurer. »

PRÉLIMINAIRE. XXX Vi] miettes de pain; après quoi commencent les danses en rond autour de la fontaine. Ces danses sont censées le dernier acte des fêtes du mariage, et la contrainte jusque-là obligée des deux époux cesse enfin.

La poésie intervient dans tous les détails de ces fêtes, dans tous ces usages : c’est elle qui en indique le motif, qui explique ce qu’ils ont de symbolique , et leur prête ce qu’ils ont de plus touchant et de plus solennel. Α. chaque partie du cérémonial du mariage correspond une chanson ou une série de chansons composées exprès. Il y a des chansons pour les fiançatlles , il y en a d’autres pour le moment où le paranymphe rase le futur, d’autres encore pour celui où les compagnes de la fiancée la parent et la voilent. Les adieux de celle-ci à la maison paternelle sont aussi le sujet de chansons fort touchantes : c'est en chantant que marche le cortége qui accompagne les époux à l’église, et ce qu’il chante est strictement approprié à cette partie de la fête. On a de même des chansons faites pour linstant où l’on ôte à la mariée le voile sous lequel elle est entrée dans sa nouvelle demeure : il en est d’autres enfin pour les danses du lendemain de la noce , et de plus spéciales encore pour les danses du troisième jour, à l’entour de la fontaine. Toutes ces chansons, partout à peu près les mêmes pour le motif et pour les idées, varient d’un lieu à l'autre pour les termes, et partout elles sont trèsnombreuses ; de sorte que les pièces de cette espèce formeraient à elles seules une portion considérable des poésies nationales de la Grèce moderne,

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