LES
CHRISTOS MILIONIS.
D: toutes les pièces klephtiques de ce recueil, celle-ci est la première en date; et le chef de bande sur qui elle a été faite est très-probablement le plus ancien de tous ceux que le peuple chante encore. Il était de l’Acarnanie méridionale ; et c'est à lui que commence, pour nous, la longue suite des Klephtes fameux des monts Agrapha. |
Le surnom de Milionis ajouté à son nom de Christos fait allusion à l'espèce de fusil avec lequel il combattait. 1 y a dans le grec moderne des noms particuliers pour les différentes sortes de fusil : les plus longs se nomment r#ilionia, au sing. r7ilioni ; et ο était un de ceux-là que portait Christos , fusil terrible, dont le souvenir est encore populaire en Acarnanie.
Π ne serait pas facile de dire au juste l'époque où vécut ce Klephte : on peut seulement affirmer qu'il était mort avant la fin du XVII sièçle, et que, par conséquent , la chanson où il figure n’a pas moins de 130 ans d'ancienneté. C'est probablement plus encore à la singularité tragique de l'aventure sur laquelle elle roule,
qu'à son mérite poétique, qu'elle doit de s'être ainsi conservée plus long-temps que beaucoup d’autres dans la bouche du peuple.
Dans un moment où il était klephte en rébellion sur les montagnes, Christos Milionis fondit à l'improviste sur l’Arta, et en enleva le cadi qu'ilemmena prisonnier, avec deux agas du pays, auxquels il se proposait de faire payer une forte rancon. Cet acte d'audace fit du bruit, et le mousselim, ou délégué du pacha dans la province , dut se mettre en devoir de le punir. Il chargea le Proestos Mavromatis et le Dervenaga Mouktar Kleisoura de lui amener Christos mort ou vif. Mouktar, jugeant qu'il serait plus aisé de venir à bout de cette commission périlleuse par la ruse que par la force, s'en déchargea sur un Turk de sa milice, nommé Soliman qui, ayant été lié d'amitié avec Christos, pouvait l'aborder sans lui inspirer de défiance, et se menager ainsi l’occasion de le tuer ou de le prendre. Au bout de quelque temps Soliman rencontra en effet Christos dans le petit village d'Armyros, sur les côtes du Valtos; et ils se firent l'un à l'autre beaucoup de fête. Il paraît que le Turk , touché du bon accueil et de la confiance du Klephte, d'un ancien ami avec lequel il venait de manger le pain et le sel, dédaignant de le prendre en trahison, lui déclara loyalement de quoi il était chargé. Il s'engagea alors , entre les deux braves, un combat dans lequel , par une fatalité singulière , ils se tuèrent l’un l'autre.
Telle est, réduite à son expression historique la plus
ARGUMENT. 3 simple, l'aventure jetée avec un peu de précipitation et d'obscurité , dans un récit de dix-sept vers, amené per une question renfermée dans le prologue de la
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TOY ΧΡΗΣΤΟΥ MHAIONH.
Τρία πουλάχια κάθονταν ’o τὴν ῥάχην σ τὸ Auép” ἕνα τηβάει τὸν Ἀρμυρὸν, x’ ἄλλο χατὰ τὸν Βάλτον, Τὸ τρίτον, τὸ καλήτερον, μυριολογάει καὶ λέγει « Κύριε µου, τί ἐγίνηχεν ὁ Χρῆστος ὁ Μηλιόνης; « Οὐδὲ στὸν Βάλτον φάνηκεν, οὐδὲ στὴν Κρυαθρύσυν.» --- « Μᾶς εἶπαν, πέρα πέρασε, x’ ἐπῆγε πρὸς τὴν ἄρταν. « Μ΄ ἐπῆρε σχλάδθον τὸν Κατῆν, μαζι μὲ δυὸ Ἀγάδαις. « Ke 6 Μουσελίµης 7’ ἄχουσε, βαρεὰ τοῦ χακοφάνη. « Τὸν Μαυρομάτην ἔχραξε χαὶ τὸν Μουχτὰρ Ελεισούραν » — « Éceïç ἂν θέλετε ψωμὶ, ἂν θέλετε πρωτάτα, « Τὸν Χρῆστον νὰ σκοτώσετε, τὸν χαπετὰν Μπηλιόνην. « Παρασκευὴ ζημέρωνε (ποτὰ νὰ pe’ εἶχε φέξη | ) « Κ’ 6 Σουλεϊμάνης στάλθηχε νὰ πάγη νὰ τὸν εὕρη; « ᾽Στὸν Ἀρμυρὸν τὸν ἔφθασε, x’ ὡς φίλοι φιληθῆχαν
À tn de émet υ νου ο υσσοουυοωυυυωονους
CHRISTOS MILIONIS.
Trorïs oiseaux se sont posés sur la hauteur (au-dessus) du poste des Klephtes. — L'un regarde Armyros, l’autre du côté du Valtos; — et le troisième , le plus compatissant, se lamente , et dit: « — Seigneur (passant), qu'est devenu Christos « Mihionis ? — Il n'a pas paru ni dans le Valtos ni « à Kryavryssis. » —« ( Oiseau , à ce que) l’on nous «a dit, il a traversé (l’Acarnanie); il est allé de- «vers l’Arta, — et a fait prisonnier le cadi, avec « deux agas. — Le Mousselim l’a su, et s’en est «grièvement courroucé. — 1 mande Mavromatis “et Mouktar Klissoura : —« Vous (Mavromatis et « Klissoura }), si vous voulez du bien, si vous vou- «lez des capitaineries, — allez tuer Christos, le «capitaine Milionis : — le sultan l’ordonne; il a «envoyé son firman. » — Le vendredi a lui; oh! - « plüt à Dieu qu’il n’eût pas lui! — et Soliman est «envoyé pour aller chercher Christos. — Il (va et ) « lerencontre à Armyros : tous deux s'embrassent «en amis:— Toute la nuit ils boivent, jusqu’à ce
6 TOY ΧΡΙΣΤΟΙ ΜΗΛΙΟΝΗ
« Ke ὁ Σουλεϊμάνης φώναξε τοῦ χαπετὰν Μηλιόνη :
« Χρῆστο, σὲ θέλ᾽ ὁ βασιλεᾶς, σὲ θέλουν x” οἱ ἀγάδες. » — « Όσο ἵν ὁ Χρῆστος ζωντανὸς, Γούρχους δὲν προσχυνάει. »— « Mè τὰ τουφέχια ἔτρεξαν à ἕνας πρὸς τὸν ἄλλον :
CHRISTOS MILIONIS. 7 «que le jour ait point , et quand l'aube a paru, «ils traversent ( pour aller) à leurs quartiers. — « Soliman (alors) 5 έοτίε; (et dit) au capitaine α Milionis : — « Chnstos, le sultan te demande, cet les agas aussi te demandent. » — « Tant que «Christos est vivant, il ne se rend point aux «Turcs.» — « Et ils courent, avec leurs mous- «quets l’un contre l’autre; — ils font feu pour « feu, et tombent (tous les deux } sur la place.»
BOUKOVALLAS
ET
JEAN STATHAS.
Pinur les capitaines de Klephtes dont les Grecs gardent jusqu’à présent la mémoire, et chantent encore ls fnits de guerre, Boukovallas n'est pas le moins célèbre; et c'est, après Christos Milionis, le plus ancien. Il était d’Acarnanie; et ce fut dans les montagnes d'Agrapha qu'il fit souvent la guerre aux Turcs. Celui de ses exploits dont il fut le plus parlé, et peutêtre le seul dont la tradition soit encore vivante, est une victoire remportée sur Véli, le grand-père du fameux Ali, pacha de Jannina. Ce Τό] était bey de Tebelen , et fut tué au siége de Corfou, en 1717. Ainsi donc, si la tradition qui attribue à Boukovallas une victoire sur lui est exacte, elle remonte à plus d'un
Cette chanson de Boukovallas, la seule, je crois, qui
se- chante encore de celles qui furent composées sur ce brave chef de bande, est extrêmement populaire dans tout le continent de la Grèce, à l'exception de la Morée. Aussi les diverses copies qué l'on peut s'en procurer dans les différents lieux où elle est connue, présentent-elles beaucoup de variantes.
M. Pouqueville a donné, dans une note du IIL° volume de son voyage en Grèce, le texte de cette pièce accompagné d'une traduction. Mais ce texte est si incorrect et si mutilé, qu'il ne présente ni sens ni mesure, et mérite de tout point le titre de rapsodie barbare, dont le qualifie M. Pouqueville. Mais cet éditeur en a eu depuis une meilleure copie qu'il a bien voulu me communiquer, et que jai collationnée avec deux ou trois autres obtenues d'ailleurs. Ἡ m'a donc été facile de donner cette pièce plus correcte et plus entière qu'elle ne l'est dans M. Pouquerille , et sous une forme qui en justifie mieux, ce me semble, la popularité et la vieille renommée.
C'est une ébauche vive et hardie, où le poëte s'est moins proposé de décrire la bataille même gagnée par son héros , que de relever , en quelques traits, les incidents les plus glorieux et les plus touchants de la victoire. Les trois premiers vers (si toutefois ils ont été faits pour cette chanson , et ne sont pas empruntés de quelqu'autre plus ancienne), sont devenus une sorte de lieu commun de poésie klephtique , une formule de prologue pour les pièces où il s’agit de célébrer un fait de guerre.
A la chanson de Boukovallas j'en αἱ joint nne autre qui, quoique moins ancienne, s’y rattache assez directement à raison de la parenté des deux héros, et ne lui est d’ailleurs guère inférieure en mérite. Le poète 7 célèbre la victoire d'un navire klephte sur un navire turk, et comme c'est, dans tout ce recueil, l'unique pêce de ce genre qui soit complète, cette particularité Jajoute un nouvel intérêt,