‹ Chants populaires de la Grèce moderneChapitre 83 sur 194 · LE ΡΑΤΕΕ ΕΤ CHARON · texte numérisé non relu

LE ΡΑΤΕΕ ΕΤ CHARON

1. nest pas nécessaire d'être fort versé dans l’histoire de la littérature des Grecs anciens, pour savoir qu'ils avaient des chansons qui roulaient spécialement sur les aventures et les soins ordinaires de la vie pastorale, et faites exprès pour être chantées par les pâtres et les bergers , dans les .champs ou dans les montagnes. Il en est encore de mème pour les pâtres et les bergers de la Grèce moderne, Parmi leurs chansons, ils en ont qui ont été composées, sinon par eux, du moins pour eux et sur eux; et telle est la suivante, connue, je crois, en divers lieux de la Grèce, mais surtout dans les montagnes de l'Épire et de la Thessalie.

La fiction qui fait le sujet de cette pièce a sans doute . quelque chose de fort bizarre : peut-être néanmoins n'est-il pas impossible d'y trouver un motif, et même un motif assez simple. J'indiquerai celui qui s'est présenté à moi, sans y attacher d'autre importance que celle qu'y voudra mettre le lecteur.

Parmi les usages antiques dont il subsiste des restes dans la Grèce moderne, il faut compter les exercices gymnastiques, particulièrement le saut, la course et le

disque. La lutte et le pugilat sont aussi connus; mais en Asie et dans les iles, plus qu'ailleurs. J'ai entendu citer de paysans Sciotes des tours de vigueur et d'adresse qui ne m'ont pas semblé trop au-dessous de ce qui, dans l'histoire des anciens athlètes, ne tient pas dujprodige. |

Cela étant, 1] ne m'a pas semblé absurde de supposet que la chanson suivante pourrait bien avoir été composée en l'honneur de quelque pâtre renommé en son temps et dans son canton, pour sa force et sa dextérité à la lutte, et mort, à la fleur de l'âge, des fatigues ou des suites acçcidentelles de son exercice favori.

Quoi qu'il en soit, du reste, du motif ou historique oulpurement idéal de cette pièce, elle est distinguée pour la naïveté, l'aisance et la grace de l'exécution. Il m'a semblé aussi y voir percer, bien que d’une manière très-vague , et comme à la dérobée, ane intention morale ou superstitieuse que l’on va voir plus clairement énoncée dans une des pièces suivantes; je veux dire l'intention de présenter la mort soudaine d'un être à kb fleur de l'âge, et dans la plénitude de la vigueur, comme une sorte de punition du sentiment trop confiant et trop irréfléchi du charme et des forces de la vie.

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