‹ Chants populaires de la Grèce moderne, réunis, classés et traduitsChapitre 120 sur 187 · EUPHROSINE · texte numérisé non relu

EUPHROSINE

Écoutez co qui est arrivé à lannina sur le lac, où on a noyé les dix-sept, et la dame Phrosine.

— Âh ! Phrosine, si renommée ! comme tu as souffert, malheureuse ! —

Aucune autre ne sortit jamais avec un cachemire de Lahore. Phrosine seule le porta pour aller aux bains.

— Ah! Phrosine, si renommée! précipitée dans le lac ! —

Ne te l'ai-je pas dit, ma pauvre Phrosine ? ne mets pas au doigt ton anneau. Si Ali-Pacha ^ l'apprend, il te jettera dans le lac.

— Ah ! Phrosine, ma maîtresse, tu as emporté ma vie! —

« Si vous êtes Turcs, je vous donnerai mille piastres. « Laissez-moi aller dire deux mots à Mouctar-Pacha '\ »

* Au commencement de ce siècle, Euphrosine, femme grecque de lannina, avait attiré les regards de Mouctar, fils d'Ali-Paclia et, dit-on, d'Ali lui-même. Longtemps incorruptible, elle céda enfin aux vœux du fils, et se vanta, dans les bains publics, de sa conquête. Le père, averti de cet imprudent propos par les épouses de Mouctar, fit nover Euphrosine avec dix-sept autres jeunes femmes d'Iannina.

- Ali-Pacha, Ali-Tébélen, tyran de l'Épire.

'' Mouctar-Pacha, lils d'Ali-Tébélen.

— Ah! Phrosine, ma maîtresse, tu as emporté ma • vie! ;

— « Lève-toi, pacha, je t'en prie; cours vite vers ton ' « père, adresse-lui ta prière pour me sauver. )> j

— Ah! Phrosme, ma maîtresse, tu as emporté ma \ vie ! — ;

« Quand j'irais à mon père, les prières n'y font rien 1 —

« Je le vois, ma petite Phrosine, les poissons te mange- \ « ront. »

— Ah! Phrosine, ma maîtresse, tu as emporté ma ; vie! —

<• Ma Phrosine, puisque tu le savais, pourquoi ne pas \

a m'avoir averti plus tôt? j'aurais envoyé ma pelisse pour , « te garantir, et un homme pour t'enlever. »

— Ah! Phrosine, ma maîtresse, tu as emporté ma vie! — ;

Je jetterai dans le lac mille quintaux de sucre pour adou- :

cir l'eau que boira la dame Phrosine. ;

— Ah! Phrosine, ma maîtresse, tu as emporté ma 1 vie. — '>

Souffle, Borée, mon petit vent, souffle sur le lac ; et salue pour moi les dix-sept et la dame Phrosine. ]

— Ah ! Phrosine, ma maîtresse, tu as emporté ma i vie ! —

COMl'LAIMKS. 201

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