LA JEUNE FOLLE
J'ai rencontré une jeune fille dans un jardin, oisive par vm beau jour de fête, sous des ombrages épais. — Je la considère longtemps avec surprise, et lui demande en soupirant :
Que cbercbes-lu donc toute seule, et de si bonne heure dans ce jardin ?
— (( Jeune homme, je te remercie de ta question, de tes bonnes pensées, et de ton intérêt. » —
Elle me regarde longuement, soupire aussi; ses larmes coulent; et elle-même s'arrête étonnée.
(( J'étais heureuse autrefois; maintenant je suis mal- « heureuse.
'( Je n'ai aimé qu'un garçon dans toute ma vie. Ma f( bonne fortune l'avait gardé pour moi. C'était mon
<( amour, la lumière de mes yeux, le grand remède à ^, ( tous mes maux ; le barbare Cliaron l'a cruellement «( moissonné... »
0 belle fille ! assois-loi, je l'en supplie, el dis-moi, ^
sans tarder, tes chagrins.
Elle mouilla sa robe de ses larmes, et commença ainsi à raconter ses peines : —
« 0 bon jeune homme, plains-moi, car je suis bien f digne de pitié ! . . . »
(( Je me promène mainlenanl, et je suis folle... Jeune (f homme, je voudrais être morte... Car il était beau à « voir comme un ange...
(( Ah! que Charon me prenne aussi, et termine ma « vie! Comment vivrais-je désormais, pauvre, triste et « abandonnée ! »
« On m'a dit qu'on l'avait tué dans Athènes, la grande « et brillante ville, ainsi que d'autres Hellènes avec lui.
« Karaïskakis était son chef; ce héros était son capi- « laine : et je pleure aussi pour ce héros, l'immortel !
« Puis, je me promène maintenant et je suis folle. »