LE BERGER MALADE
Quand on cherche bien, on trouve. Trouverai-je la guélison démon mal? Car lu me rends malade, et tu m'envoies dans l'autre monde.
Je me lève et vais chez le médecin, afm qu'il m'indique un traitement. Le médecin me dit : « Attends, que j'ouvre i< mes livres. »
J'ai attendu, pauvre malheureux! du matin au soir; alors il a ouvert ses livres pour y trouver la recette.
« Eerger, va-t'en tranquille, tu n'es point malade. Tu « souffres d'amour seulement, et tu n'en a pas le re- 0 mède. »
Alors, j'ai mis mes mains en croix pour contenir mon cœur ; et, riant et plaisantant, je suis ailé trouver mes amours.
— Tu es le médecin, ma belle; et moi, le blessé. Donne moi un baiser, ma belle, afin que je guérisse, pauvre que je suis !
— « Pourquoi te donner un baiser, si tu n'es pas réel- 'I lement malade, et si tu ne le témoignes pas, en levant « la main devant Dieu. »
— Je ne*suis pas un arbre pour qu'on le coupe, ni un roseau pour plier : je ne suis pas un de ces hommes dont on exige le serment
Quand tu apprendras, ma belle, que je su's au plus mal, viens bien vite avant que je meure.
Quand tu entreras dans ma chambre, mon lit est à droite; penche -toi, ma belle, et baise -moi sur la bouche.
Ma mère te dira bien des paroles de1^eproches,pour t'aigrir ; si tu rn'aimes vraiment, éloigne-les de ton esprit.
Fouille au fond de ma poche, prends mes clefs ; ouvre mon coffre, et tires-en mes linceuls.
Dans la chapelle, il y a des fleurs et des roses ; distribue-les aux belles fdles, afin qu'elles chantent mes lamentations.
Quand tu verras venir le prêtre avec l'étole, crie d'une voix aiguë : — - « Où êtes-vous, mes amies? »
Quand tu le verras venir avec l'encens, crie d'une voix aiguë : — « Mon compagnon s'en va ! »
Lorsque quati-e pnUicares m'emporteront, crie d'une voix aiguë : — « Que les pierres se fendent! »
Quand ils me feront traverser ton voisinage, quitte ta mère à la dérobée, sors et arrache-toi les cheveux.
Quand ils me déposeront à la porte de l'éghse, crie d'une voix aiguë : — « Que les herbes se dessèchent! »
Quand ils me porteront au milieu de l'église, crie d'une voix aiguë: — « Que l'église s'écroule! »
Quand ils me descendront de trois degrés dans l'autre monde, alors, mon petit oiseau, écrie-toi : — « Mon « amour est perdu ! v
Et si l'on te donne des gâteaux de ma cérémonie fu* nébre, mange-les, et dis : — « Que Dieu pardonne au « jeune homme qui m'aima ! »