‹ Chants populaires de la Grèce moderne, réunis, classés et traduitsChapitre 157 sur 187 · II · texte numérisé non relu

II

0 Destin, ne te lasses-tu pas des maux que tu m'as ]

faits? Tu ne veux donc qu'une chose, fermer à jamais 1

mes yeux épuisés de larmes ' ■

Que personne ne dise : l'amour vieillit. Quand on en mêle deux ensemble, il s'étend comme le feu.

0 mon immortel amour, 6 mon éternelle espérance, depuis notre séparation, je n'ai pas eu un seul instant de joie ^

Notre amour, ô mon oiseau perdu, a accompli sa des-

' Traduit d'une chanson arabe.

«250 DISTIOIKS AMOUIIFIX. |

tinée : et voilà que la mort, comme un fantôme effrayant, | est devant nous. I

0 mon cœur désolé, console-toi de les peines. Tu n'es pas seul dans la misère; bien d'autres ont souffert comme toi.

Amour, enfant malin, pourquoi me tromper? Pourquoi t'emparer de mon cœur, puisque c'est pour y porter le trouble?

Quand je mourrai, mettez dans ma tombe quelques souvenirs; du jasmin près de moi, dos lauriers amers sur mes lèvres *.

L'absence en amour est comme ces montagnes où se rassemblent les petits oiseaux pour y gémir tristement.

Tu ne te souviens plus du temps où j'ai commencé à t'aimer; tu as tout oublié, et tu attends que je te l'apprenne.

C'était un soir d'été, par un beau clair de lune, que l'Amour a percé de ses flècbes mon cœur infortuné.

* Le jasmin, dans le langage des fleurs, est remblème de l'innoeence Le laurier amer, c'est le lanrier-rose, qui est un poison.

DISTIQUES AMOLliKl \. . 251

l.es rossignols chantaient délicieusement, et entremêlaient leurs voix pour mieux célébrer ta beauté.

0 mon amour, l'heure où j'ai mérité de te voir, est la seule où je crois vivre. Le reste du temps où je suis privé de ta vue, je le mesure sans le sentir et je suis comme un corps sans âme.

Je porte en mon sein un feu qui consume mon cœur. L'amour l'y alluma, sans m'en demander congé.

Si vous vouliez nie repousser, pourquoi m'avez-vous aimé d'abord? Pourquoi donc allumer le feu que vous deviez éteindre?

0 mon éclatante Lune, ô mon riche Bijou M Je n'ai rien vu sous le soleil de plus brillant que toi.

Hier au soir, vers minuit, je me suis levé pour écrire; ol je n'ai pas tracé une ligne sans y joindre un soupir.

Quand vos yeux me regardèrent pour la première fois,

' Le texte dit. 0 mon ^aint Constantin! et ces bijoux sont des Incdailles anciennes de Constnnlin le Grand, que les jeunes filles en- Irclacent sur leurs fronts aux monnaies d'or des sultans et aux Mahinoudic's.

ma poitrine se trouvait ouverte, et vous êtes entrée dans mon cœur.

^\ Il

Aimez -moi comme je vous aime, et veuillez-moi comme je vous veux. Un temps viendra bientôt où vous voudrez et je ne voudrai plus *.

Tu es vraiment comme une reine à qui le monde appartient. Quand lu le veux, tu t'empares des âmes et leur fais grâce quand tu le veux.

Je fus ange un jour, d'autres le furent après moi. A la fontaine où je buvais, d'autres se désaltèrent.

Partez, ô doux zéphyrs, prenez sous vos ailes les soupirs de mon cœur, et dissipez-les un moment.

Avant d'étendre mon tapis au banquet de la vie, j'ai voulu approcher ma main d'une coupe. La destinée me la présenta. C'était aussi du poison; à peine je l'ai portée à mes lèvres et voilà que je meurs .

* C'est un des r-cfrains de la Romaika, danse nalionale. Je l'ai entendu chanter avec cette variante proverbiale ; « Prends-moi quand « tu me trouves, pour m'avoir quand tii me veux »

Jeune fille au visage arrondi, jouet des anges, vous êtes une couronne au milieu des autres vierges.

Ah! si vous me demandiez mes yeux à moi, pauvre fille, pour vous empêcher de partir, je les arracherais pour vous les donner.

J'aime le cyprès et son hois parfumé; il vous ressemble, ô mes amours, en beauté et en élégance.

Ce cyprès mince, le vent le courbe; cette beauté farouche, un jeune homme peut l'adoucir.

L'Amour et Vénus se sont mis d'accord; et tous les deux ne vous ont fait si belle que pour désespérer les amants.

Je salue de loin une jeune fille dont je ne dis pas le nom. Si je le disais, hélas 1 il faudrait m'arrôter et pleurer.

Je passe à votre porte, j'y reconnais vos traces, je m'inchne, les baise tendrement et les mouille de mes larmes.

2Ô4 I>lSTIQt KS AMOI nr.rX.

\'est-ce pas grand dommage d'avoir une source devant inoi, et de n'oser y boire de peur de mourir?

Le bonheur de ma vie ne tient qu'à un fil. Fortune, viens à mon aide , et empêche-moi de perdre tout espoir.

Le soleil se couche derrière les fenêtres de votre maison; et les pléiades se lèvent au-dessons de vos sourcils.

Vis, et moi je mourrai î Que puis-je demander à la vie? une tombe pour moi, et pour ton cœur une autre î> niante.

Adieu, montagnes élevées, champs couverts de roses, et vous, petites fontaines aux eaux fraîches, je vais vous quitter * .

Oh ! je t'aime, je t'aime, et personne autre qite toi ne le sait, ô ma déesse, si ce n'est l'étoile du malin.

* Ce sont presque les adieux de Philoclète à l'île de Lcmnos (Sophocle, Phil. V, 1465); et à peu près les mêmes mots grecs.

I)15TIQi:]:s AMoiUtliX.

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