MAXIMES ET PENSEES. L
Si VOUS voulez que dans le monde on vous souhaite, et que chacun désire voire présence, changez ces manières brusques, froides et dédaigneuses qui déplaisent.
La beauté est, en effet, fort recherchée; mais n'allez pas vous imaginer que c'est une vertu.
Un homme de sens et d'expérience lui préférora toujours une spirituelle laideur.
Qui donc ne mettrait au-dessus d'elle les ornements de l'esprit, qui restent et que rien n'altère.
Ne croyez donc pas la beauté toute seule un avantage; c'est un arbre qui, sans culture, ne saurait donner aucun fruit.
— Voilà donc comme tout change, et comme on no doit se fier jamais à rien!
Les choses viennent, s'en vont, et tournent comme une roue : elles nous servent, nous nuisent, ou nous plaisent bien peu de temps; et ne nous laissent d'elles un souvenir immortel, que pour mieux tourmenter notre âme infortunée.
Le rire et les larmes, la joie et la douleur, ont été semés ensemble, et ont germé à la même heure.
Je tiens bon contre mes ennemis; et je dis, que m'importe? mais mon cœm' attristé pleure et gémit.
L'étranger dans les pays lointains, vole comme un oi-
20,s MAXIMES i:t pknsees.
seau. Mais, s'il llourit coinino un basilic, disons vrai, il n'a point d'odeur.
1/amour veut la piudcnco, il veut la modestie; mais il veut aussi ragilité du lièvre, et de Taigle la rapidité.
\MII
Imprudent et coquet amandier qui fleuris en hiver, ne peux-tu attendre le printemps pour fleurir avec tous les autres?
Avez-vous vu l'immorlelle? Elle germe sur un sol aride; e!le est privée d'eau, et s'abreuve; elle ne fleurit pas, et
produit,
Libre je suis venu au monde; libre je veux y vivre; et de ma liberté jusqu'à mon dernier souffle j'y veux jouir.
\\vi
Le rossignol a beau nous quitter pour l'étranger, il reviendra pour redire sa chanson accoutumée.
\ \ v I I Je vais me taire désormais et changer de place, ainsi les
luvaises langues d'alentour se tiendront tranquilles.
MAXniRS TT PENSEES. 200
XXVÏII
Bien n'afflige le cœur, et ne le tue comme un amour profond qu'on n'ose avouer.
\vi\
0 Dieu, Dieu tout-puissant, qui résides dans les cieux avec tous tes anges, viens donc aider ton Christ à vaincre les Turcs, à nous délivrer de leur joug. Et, par la grâce, ô mon Dieu, rends-nous, rends-nous la liberté ^
* Je termine tous ces distiques par un cri de liberté que j'ai entendu s'échapper de l'Archipel en 1820. Il n'a amené, il est vrai, jusqu'ici qu'une délivrance partielle; mais il n'a pas encore cessé d'y retentir.