MALÉDICTION
Foudres du ciel et de la justice, brûlez Ali-Pacha et les méchants Anglais ! que les tyrans sachent enfin comment Dieu châtie! A toi, soleil éclatant, qui vois nos maux, qui brilles quand nous arrachons du sein de leurs tombes les restes sacrés de nos aïeux, éteins aussitôt ta lumière; montre que tu nous regrettes; et vous, enfants du ciel, lune et étoiles qui éclairez pendant toute la nuit au levant et au couchant, couvrez maintenant de voiles vos visages, de voiles obscurcis par une grande douleur. Pleurez les Parganiotes aux tristes destinées ; oui, vous et le monde entier, pleurez-les longtemps.
50 CHANTS DE SOULl
YORGO-TIIOMOS
Un petit oiseau, sorti du milieu du vallon, chemine nuit et jour, et nuit et jour il dit : « Mon Dieu ! où trou- « verai-je, parmi les kloplites, Yorgo le Spartiate? J'ai à « lui dire, en deux mots, qu'on veut le tuer. — Comment li sais-tu, cher oiseau, qu'on veut me tuer? — J'étais hier « à lannina, à la porte du vizir ; Jean Garagounis y a fait « de nombreuses plaintes : — Un crime, monseigneur, un « crime commis par Yorgo-Thomos ; il a égorgé tes mou- (( tons, et nous a faits prisonniers. — Prends patience, « mon Jaunis, cinq, six ou dix jours; je l'amènerai vivant, tf et j'aurai sa tête. — Il appelle Isouf l'Arabe, et lui parle « en secret: — Ta tête, ou Yorgo-Thomos vivant. »
L'Arabe Isouf part avec treize mille hommes ; il commence la guerre, et, trois jours et trois nuits, les coups de feu tombent comme la pluie, les balles comme la grêle. Ils ont blessé Yorgo-Thomos à la main droite; et, du milieu des Turcs, il crie : « Où. êtes-vous, mes palli- « cares, peu nombreux, mais bra\:es? Jetez vos fusils, (( tirez vos sabres, faites une trouée et coupez-moi la « tête, afin que les Turcs et ce chien d'isouf l'aga ne « l'aient pas. »
' Yorgo-Thomos, célèbre capitaine de klephtes dans lAcarnanie.
STERGHIOS
Cet été, comme ce printemps, on nous écrit sur du papier blanc ces lettres noires: « Klephtes, tous tant que « vous êtes dans les hautes montagnes, descendez de l'O- « lympe pour vous soumettre en foule à Âli-Pacha. » Deux pallicares seuls résistent : ils prennent leurs mousquets, leurs sabres brillants, retournent dans la montagne, et courent chez les klephtes. Ils y rencontrent Sterghios. Qu'importe que les défilés soient aux Turcs et que les arvanites les aient pris ? Sterghios est en vie, et ne craint pas les pachas. Tant qu'il neigera sur les montagnes, nous ne reconnaîtrons pas les Turcs. Allons prendre nos postes dgns les retraites des loups. Les esclaves habitent les villes et les plaines avec les Turcs ; les Pallicares ont pour villes les solitudes et les ravins. 11 vaut mieux vivre avec les bêtes sauvages qu'avec les Turcs.
XYI