‹ Chants populaires de la Grèce moderne, réunis, classés et traduitsChapitre 31 sur 187 · LA MORT DE LÏÂKOS · texte numérisé non relu

LA MORT DE LÏÂKOS

Liakos, l'Agrapha % ses fontaines et ses arbres te pleurent. Ton malheureux fils adoptif et tes pallicares te pleurent aussi; ne te l'avais-je pas dit, une, trois et cinq fois? Reconnais le pacha, Liakos, reconnais le vizir. — Tant que Liakos vit, il ne reconnaît pas de pacha. Il a pour pacha son sabre, pour vizir son mousquet. On lui dresse une rude embuscade à côté du poste. Liakos a soif, il marche le sabre à la main, et se baisse pour boire l'eau fraîche. Trois coups lui sont tirés l'un après l'autre. L'un l'atteint dans le dos, l'autre dans le ventre, le troisième, le plus envenimé, dans la poitrine. Sa bouche se remplit de sang, ses lèvres de poison ; et sa langue plaintive résonne et dit : « Où êtes- vous, mes pallicares? où es-tu, mon fds « adoptif ? Prenez mes pièces d'or, prenez mes plaques (( d'argent, prenez aussi mon sabre le renommé; coupez- « moi la tête, pour que les Turcs ne la coupent pas et ne « la portent pas au pacha sur l'estrade de son divan. Mes « ennemis la verraient avec joie, mes amis avec douleur, « et ma mère aussi la voyant en mourrait de chagrin. »

' AgropJia, canton des montagnes de l'Étolie.

NIKOTSARAS

« Passe le sentier, Nikos, passe. Tu ne le repasseras « pas, Nikos; car tu ne dois pas revenir. »

— Comment le sais-tu, mon petit oiseau, pour me le dire? —

« C'est que, hier et avant-hier, j'ai traversé Ylachochori ^ « et j'ai appris le complot des primats de Livadie. — Frap- « pons Nikos, le fils Tsaras, qui est la fleur de nos monta- (( gnes, le cyprès de nos champs, et la tour inébranlable « au sein de la mer. » -^

Nikos s'indigne à cette nouvelle; il appelle son fils adoptif, et dit à ses pallicares :

— Mes enfants, ceignez vos sabres et prer^ez vos fusils; allons brûler la méchante Livadie. —

Ils marchèrent, et vinrent à Livadie tout droit. Là, ils mettent le feu à la ville; enchaînent les kodjabachis ^, les conduisent dans les montagnes et les traitent durement.

« Qui voulez-vous donc tuer, primats de Livadie? se- «.rait-ce Nikos, le fils de Tsaras^, qui est semblable à la « rose, et dont le nom retentit dans Tunivers? »

' Vlachochori, village sur le Pinde, colonie de Yalaques.

— Kodjabachis, chefs civils des Turcs.

^ JSikotsaras, l'un des plus vaillants capitaines des armatoles du mont Olympe; klephte sur terre et pirate sur mei*.

NIKOTSARAS SUR TERRE

Nikolsaras est en guerre avec trois districts : Zikhna S Khantaka ^ et Pravi le redoutable ^. 11 combat trois jours, trois jours et trois nuits; ils mangent la neige, boivent la neige et soutiennent le feu. Le quatrième jour, Nikos s'adresse à ses pallicares. — « Ecoutez, mes pallicares, peu « nombreux, mais braves. Mettez-vous du fer dans le cœur, « de r'airain dans la poitrine. Demain nous les forcerons « et nous prendrons Pravi. » — De bonne heure, en effet, ils se mettent en route et arrivent au pont. Nikos, avec son damas, en coupe la chaîne. Les Turcs fuient comme des chevreaux et abandonnent Pravi.

NIKOTSARAS SUR MER

<{ Cher Nikos, pourquoi ne t'a-t-on pas vu cet été mar- '( cher en armatole ou en klephte? As-tu donc abandonné « Vlachocotori *, ta patrie et ton pain? » — L'an dernier, j'élais en Rulgarie, où j'enrôlais des palhcares; je les ai enrôlés et réunis. J'en ai fait cinq cents, et, cette année, je suis aAc en mer pour me distraire. —

* /ikhna, ) ,. . ■ . j , m . i •

, ,,, , , districts turcs de la Macédoine.

- Khantaha, '

"• Pravi, forteresse et pont sur le Strymon.

* Vlachocotori, village valaque en Macédoine.

56 r.lIÂNTS DE SOIJLI

GIPIITAKl

Qu'est donc devenue la mère de Giphtaki? Elle a perdu deux de ses enfants et en troisième son frère. Maintenant elle est folle, errante; elle gémit, on ne la voit plus ni dans nos plaines ni dans nos montagnes. On nous a dit qu'elle a passé en allant vers la Vlachocliorie ^ Là grondaient les mousquets et leur effrayant tonnerre; mais ils ne grondaient ni pour des noces ni pour des fêtes. Ils ont blessé Giplitis - au genou et à la main. Il est déraciné comme un arbre, il tombe comme un cyprès; et d'une voix haute il cria, comme un pallicare qu'il était : — « Où es-tu, mon « bon frère, mon frère chéri? reviens, prends-moi, prends « ma tête, de peur que la milice ne la prenne et que « Joussouf l'Arabe ne me porte à lannina, à Ali-Pacha, « le chien. »

Les plaines ont soif d'eau, les montagnes de neige; les éperviers d'oiseaux, et les Turcs de têtes.

• La Vlacho-Cîiorie, villages, colonies de Valaques.

- Giplitis avait reçu le surnom de Giphtaki, petit Égyptien, parce qu'il était brun comme les Tsiganes, originaires d'Égypte„.que nous nommions bohémiens. C'est presque le même mot en anglais, Gipsy.

ET DES GUERRES CONTRE ÂLl-PACHA. 57

XXUl

GEORGAKI

I/un après l'autre tirent les klephtes; car ils sont fiiciles à compter. Ils sont en petit nombre, les malheureux ! Dix-sept, dix-huit, vingt peut-être.

Georges n'est pas là; il est allé au monastère. Il y a baptisé un enfant et veut avoir un compère, afin de trouver aussi un asile et un ami. Les pallicares lui crient d'un côté comme de l'autre : « Laisse l'enfant, GeorgakiS et (( prends le mousquet; la milice nous attaque à pied et (1 cheval.

— « Tenez bon, » leur crie Georges le sabre à la main. « Tenez ferme à vos portes. Gardez bien vos abris ; et, si « Dieu et la sainte Vierge veulent que nous fassions une « trouée, ayez bien soin de prendre Mitzopono - vivant. »

' Georgaki. Ce n'est pas le même klephte que Georgaki l'Olympiole que nous allons voir plus loin pcrir en Valachie.

- Mitzopono, l'un des lieutenants d' Mi-Pacha.

5« CHANTS DE SOIILI

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