LA PRISE DE TRIPOLITSA
Le jour était pluvieux et la nuit neigeuse, lorsque Khiainil est parti pour Tripolitsa K La nuit il selle son cheval, il le ferre la nuit. En chemin il prie Dieu et dit : — « Mon « Dieu, que je trouve les primats et les archevêques ! « qu'ils me garantissent que les rayas ne prendront pas « les armes et ne se réuniront pas aux klephtes ! » Dès qu'il arrive, les Grecs assaillent la forteresse, ils investissent et resserrent les Turcs, qu'ils attaquent rudement. Colocotroni crie de son poste : « Rends-toi à la troupe « de Colocotroni, Khiamil-Bey ^ Je te laisse la vie, à toi « et à tous tes enfants, à toi, à tes harems et à toute ta « famille. — J'accepte, ô Hellènes! et vous capitaines; nous (( allons nous rendre à la troupe de Colocotroni. » — Un bouloukbachi crie du haut d'une batterie: — « Non, infl- « dèles, nous ne nous rendrons pas à vous, mauvais « rayas. Nous avons des forteresses soHdes, et un sultan à (( Constanlinople, nous avons une armée courageuse et (( des Turcs vaillants. Ils viennent à bout de cinq hommes « avec leur sabre, de dix avec leur mousquet, de quinze « à cheval et du double derrière les abris ! — Voyons « donc! répond Colocotroni, voyons les sabres grecs, {( les carabines klephtes, comment se battent les Hellènes tt et comment ils hachent les Turcs. »
' Tripolitsa, capitale nioderne de h Morée. * Khiamil'Bey, gouvernéui* de Gorinlhe.
Le mardi et ](\ mercredi furent mauvais, le jeudi triste. Le vendredi (pourquoi vint-il à luire?) les Grecs décident l'assaut; ils s'élancent comme des aigles ; pénètrent comme des éperviers, vident leurs carabines par un feu de mitraille. Colocotroni commande de la porte Saint- George : « Jetez vos fusils, tirez vos sabres, poussez les (( Turcs devant vous comme les brebis au bercail. » Ils les chassent, les enferment dans la grande batterie. Le kehaya fait dire à Colocotroni : a Fais un traité avec les Turcs, « frappe, mais n'extermine pas. — Que nous chantes-tu, « mauvais Turc? que dis-tu, vieil infidèle? et toi, as-tu fait « un traité avec la malheureuse Vostitsa S où tu as égorgé « nos frères et tous nos parents î » —
« Ils ont pris les murs, les murs et les défilés; ils ont pris Tripolitsa, la ville renommée. Les femmes turques pleurent sur le chemin et de nombreuses filles des émirs. Une grande dame pleure aussi le malheureux Khiamil- Bey. — « Où es-tu, qu'on ne te voit plus, haut et puissant « seigneur? Tu étais colonne dans la Morée, étendard à « Corinthe, et tour fortifiée à Tripolitsa; lu ne parais plus « à Corinthe ni dans tes palais. Un pappasles a brûlés, tes « palais abandonnés. Tes écuries pleurent leurs chevaux, « les mosquées leurs agas. L'épouse de Khiamil pleure (( son époux infortuné. Il est tombé esclave des rayas, cl « il vit leur raya à son tour. »
• Vostitsa, ville de l'Acbaïc ; l'antique Œgium.
70 CHANTS Héroïques