‹ Chants populaires de la Grèce moderne, réunis, classés et traduitsChapitre 43 sur 187 · LES HÉROS BRULOTIERS DEVANT SCIO · texte numérisé non relu

LES HÉROS BRULOTIERS DEVANT SCIO

Un autre liéros s'élève, pareil au grand Hercule : c'est notre admirable amiral, le formidable Thémistocle de notre époque, né dans nos temps pour l'indépendance de la nation grecque.

Plein d'amour et de zèle pour sa patrie, il a résolu d'exterminer la tyrannique flotte des méchants et barbares musulmans. Pour cet effet, la nation le place comme un expérimenté directeur à la tête de l'escadre qu'il vient commander. Il organise les vaisseaux et toute la marine, qu'il rend supérieure aux marines d'Europe. Les Anglais et les Français restent tout ébahis* du succès de ses opérations ; car notre héros est réellement inimitable dans ses dispositions et ses règlements. Les anciens trophées de Salamine ne sont rien auprès des siens.

Enfin il prépare ingénieusement deux brûlots, véritables flèches de feu. H y place d'intrépides héros incendiaires, vrais fils de la patrie et vengeurs de la nation. Hs partent avec la grâce de Dieu et s'avancent si habilement, que les Turcs les prennent pour des amis. Après le coucher du soleil, au crépuscule, ils se glissent à travers la flotte avec prudence et bonheur. . .

La nuit était sans lune et l'air favorable à la marche

paisible des navires. Nos héros s'approchent et s'attachent au vaisseau que monte le pacha. Ils lancent le feu dans sa membrure et le feu prend. Les Turcs se troublent et jettent le cri d'alarme. Ils crient : Allah! Allah! Ils invoquent le prophète Ali, Mohammed et tous les autres; aucun ne les secourt.

C'était la dernière nuit du Ramazan, leurs Pâques maudites, qu'ils appellent Baïram; aussi les chefs étaient réunis sur le plus beau vaisseau, modèle de leur marine, grand comme une île, vaisseau amiral du pacha, au centre de la flotte. Tous étaient venus célébrer la fête avec le Capitan-Pacha*, pour aller ensuite dévaster les villages, les campagnes et les îles.

Mais la vengeance divine les surprend pendant la nuit et les consume au milieu des flammes Les autres vaisseaux, en voyant cet accident subit, spectacle tragique pour eux et malheur inattendu, coupent leurs ancres et se mettent à fuir, l'un après l'autre, jusqu'à la pointe du jour. Ce fut réellement un bienfait du ciel et une révolution véritablement due à la main du Tout-Puissant, pour apprendre aux nations que Dieu est avec nous, ses vrais serviteurs orthodoxes et fidèles.

C'est Canaris -, l'Ulysse, qui a triomphé, ainsi que le capitaine André, le courageux Achille. Vivent mes amis les Hydriotes, Spezziotes, Ipsariotes et tous les autres capitaines grands et petits ! ainsi que notre chef amiral, l'illustre Miaoulis ^, si courageux dans les combats et restaurateur de notre marine !

La patrie vous appelle avec des couronnes à la main et veut en orner vos tètes héroïques. Elle prie, et demande

* Ali-Pacha, le barbare dcstrucleur de Scio. - Constantin Canaris., d'Ipsara.

'• Andréas Vôco, .W/ww/Zs d'Hvdra.

ardemment à ses fils d'accomplir la destruction entière de l'ennemi. Il faut que vos noms éclatants soient gravés partout et s'élèvent sur les colonnes et les statues. Vivez, dit-elle, mes vrais et patriotiques enfants; vous dont la bravoure est sans égale 1 Vivent mes aigles, les oiseaux de la Grèce, que personne ne peut atteindre quand ils ouvrent leurs grandes ailes ! ni les Anglais, ni les Français, ni les Américains. Ipsariotes, quand vous naviguez avec vos vaisseaux. Dieu fait de vous les exterminateurs de la flotte barbare et les sauveurs de la nation K

• Voici, sous la plume d'un Grec, le récit abrégé de ce fait d'armes : « — G. Canaris d'Ipsara et G. l^epinis d'IIydra montent deux chébeks transformés en brûlots •avec trente-quatre marins déterminés. Le vaisseau amiral turc, de quatre-vingts canons, mouillé à Tscbesmé en tête de la flotte, avait deux mille bommcs à bord. Ganaris s'accrocbe à fon beaupré, met le feu au brûlot, qui s'allume sur-le-cliamp, et, s'élançanl en un clin d'oeil sur sa gondole, il traverse la ligne des ennemis et gagne le large. Le capilan-pacba, voyant son vaisseau embrasé, s'épuise en vains efforts pour éteindre les flammes. Enfin il se précipite dans sa cbaloupe et fuit vers le continent. Mais, pendant sa traversée, le vaisseau saute avec fracas; un des éclats tombe sur la barque de l'amiral, lengloulit dans les flots et le blesse à mort; on le retire de la mer, on l'amène mourant sur le rivage de l'ile qu'il avait ensanglantée, et il exbale son âme atroce sur les décombres de Scio. »

(Rizo, Insurrection grecque, p. i22).

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