LA VOIX DE LA TOMBE
Nous avions bu tout le samedi, tout le jour du diman- i cho, et le matin du lundi; comme il n'y avait plus de vin, % le capitaine m'envoie pour en chercher. Étranger et in- |; connu, je ne savais pas la route. Je pris de mauvais chemins et des sentiers qui m'égaraient. Un de ces sentiers me conduit à une pauvre petite église, où il y avait de nombreux tombeaux de frères et de cousins. Il y avait aussi une tombe séparée des autres. Je ne la vis pas, et je marchai dessus sa tête. J'entends aussitôt une voix qui murmure et gémit profondément. — Qu'as-tu, tombeau, pour murmurer et pour gémir profondément? Ta fosse te presse-t-ellé ou la grande pierre de dessus? — Ce n'est ni la fosse ni la grande pierre de dessus qui me pressent. Mais n'avais-tu pas d'autre place pour marcher et d'autre chemin pour passer ? Pourquoi viens-tu foulpr ma tête ? N'ai-je pas été jeune aussi? N'étais-je point pallicare? N'ai-je pas marché la nuit au clair de lune avec un sabre de dix empans et un fusil d'une lieue? Ne me suis-je donc pas*battu comme un digne pallicare? En une nuit seule j'ai tué trente ennemis, et j'en ai blessé quarante autres en guerre ouverte. Mon sabre s'est brisé en deux morceaux ; et lui ennemi, un chien d'ennemi, m'a atteint avec son cheval. Il tire son yatagan et le lève sur moi, je le saisis do la main droite ; il prend alors son pistolet et contre moi le décharge ; il lii'a étendu dans cette fosse, là où tu me vois. Ami, pleure-moi, pleure en moi le brave pallicare.
CHANTS K[-EPHTES. iTi